L'écume des genres

Publié le par nicolas voisin


Dimey by BLP / lire en musique avec Jeff Kessinger - "syracuse" en mp3  accoustic via music.download )

 

-"Pensez à rallumer vos portables en sortant..."
-"Commencez Monsieur ou mon mari va partir... Depuis quand se couche-ton à 21h, chéri ?"
Bruit de chaise, couteau qui tranche dru dans ces assiettes campagnardes.
Nous étions seize...
Le spectacle pouvait commencer.
 
L'écume bar est un espace unique, "sans commencement ni fin"..
Je ne suis pas de la génération qui connu Dimey...
 
"Une petite voix criait..."
Dimey par Alain Flick...
La perle et son huître...
 
"Rien, sur sa vie intra-utérine, rien sur Nogent" dont il est natif, mais des détails, tous les détails de la "mort de ces chevreaux égorgés" naguère, pleurants, d'une "étranglante tendresse". Tel un "poisson pilote" en quête d'amour et de compagnie, Flick conte Dimey comme nul autre. Ferret, Salvador (Syracuse), Zizi Jeanmaire (mon truc en plume), Michel Simon ("mèmère" dont Brel dira que ce fut la "plus belle chanson d'amour jamais écrite"), Aznavour, Reggiani, Ferrat, Gréco, Bourvil, les plus grands ont chanté Dimey... Le saviez-vous ? S'il n'y avait eu ces "rideaux en peau d'artiste" chez Eddy Barclay,  son oeuvre n'aurait sans doute pas ainsi changé de registre... L'alcool, le désir, la nuit, Montmartre, le quotidien, Dimey, cet homme "extra-ordinaire", a écrit l'ordinaire comme aucun autre, avec passion et talent.. A moins que se ne soit Flick ? La discussion entre les deux est envoûtante. Petit ("la tête trop près du cul") Flick a eu le "courage de ceux qui fuient" et boivent, comme ces regretté Léo(tard) ou Villeret, qui lui firent venir ces larmes redoutées. Il "craint les voyeurs", ne connais pas d'autre extase que le sexe, qui l'emmène si haut que cet état, de représentation. "Englouti sous les herbes", il pense. "L'hippopotame est doux, son cuir est dure, son oeil petit, ses naseaux trop larges".
Sympathique marginal illuminé.
Flick est terrifiant de tendresse.
 
"L'Afrique ou le bistro d'à-côté" ? Dimey, Flick, ont choisi le "pourrissage de foi". "La folie va son train". On va tous un jour crevé. tentons d'avoir lu Dimey ou entendu Flick vous la narrer, la vie. La vraie. D'ici-là. "Les minces ont le nombril pour univers, les gros l'univers pour nombril" : Dimey par Flick, ou l'inverse... "Je vois des fleures tout autour des visages", "je m'en vais vers les nuages", Flick "glisse comme sur du velours", un velours ethylique et déboussolant. Le verbe en verve. "A-t-il survolé Paris comme un ange véritable ?" Voyez-le faire le "petit zozio", il vous fera brailler, aimer, vibrer. Il vole Flick. Mais pas votre considération...
"Va-t-en faire un tabac, un soir, à la Havane"...
 
Scène de vie, Fille de rien, femme de joie, garçon boucher et homme de spectacle ne sont qu'un et celui-ci "accompli ses crimes pour tuer son ennui"... "Et si moi qui vous parle ce soir j'avais vraiment tué trois femmes ?"
 
Il fit chanter Sandra (inconsolable conteur, elle s'y blotti), Puis nous tous à notre tour (sur une chorégraphie de Jacques Chazeau !) : "Ma sœur montrait son cul, à ceux qu'avaient l'oseille (...)". Il connaît "tous les plaisirs qu'on attrape à la nage".. Il a fait joué Julien, Flick ; il ferait d'un homme un acteur... "L'ivrogne est un mot de misère qui brille à la lumière de l'or de cinq heures du matin"... Et Flick, ou Dimez, du "petit bonheur céleste où il se planque" chinant des plaisirs de fortune - je ne sais - de "refaire le monde, oscillant mais debout". Il vous fera trouver beau "à la claire fontaine", a capella, canté par ses quelques âmes que nous furent, comme un "parfum d'enfance, d'errance", traqué dans la pénombre de cet atypique café-théâtre. Dimey comme un "désert qu'on aurait mal fouillé", qui "repose, c'est sûr, dans la vallée des rois". Flick tel un "funambule de notre sensibilité", bouleversée, bouleversant. Fi des drogues, tabac, alcool, travail, Flick se shoot à l'amour, à celui qui commence dans la pupille voisine, l'œil étonné mais nullement candide. Flick est de la promotion d'Anémone, chez Hossein, c'est aussi la voix de Michel-Angelo des Tortues-Ninja, Il est dorénavant les 1° vendredi de chaque mois à L'Écume. Le rater serait vous priver... Ou contentez vous d'un Carlier, d'un Sébastien, mais croyez-moi cette fois-ci, ou jamais plus : Flick est grand. Drôle et émouvant.
Il sublime les traits de génie de Dimey.
 
- "Mais qu'écris-tu ?" m'a-t-il demandé, en plein spectacle...
Rien, plus rien, je n'écrirai plus.
 
"Quand l'amour fleuri, je n'ai plus rien à dire"...
 
 
 
PS : "je suis effaré, presque gêné, que Bernard Dimey ne soit pas au moins aussi populaire que Georges Brassens." Jérôme Gauthier, le Canard Enchaîné.
 
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nico 04/04/2005 18:04

merci !
j'ai aussi passé une merveilleuse soirée... c'est pas tout d'être l'instigateur, encore faut il y prendre du plaisir. Le mien a été immense :)

à très bientôt ?!

Stephanie 04/04/2005 15:23

hola Nico, j'ai bien fait de venir hier soir, merci pour la découverte de l'univers poétique de ce fameux Dimey évoqué par un acteur impressionnant.
Je crois qu'il a touché le coeur de tout l'auditoire en tout cas...
A +++
Stephanie

nico 06/02/2005 11:24

salut m'sieur Laurent,

'suis ravis d'avoir pu te rencontrer hier.
Je réserve mon dimanche à mon Ik, mais on se voit avec plaisir...un midi cette semaine ? ...

Et cette fin de soirée ?!!

beau dimanche !

~laurent (chez peirre) 06/02/2005 10:21

Content de te voir en vrai chez patricia :)

PS : si tu veux prendre un p'tit café ce dimanche je suis avec des pôtes chez pierro :
http://www.blogbilger.com/blogbilger/2005/02/le_monde_la_sin.html

(j'ai repris sans vérifier l'ancienne URL : désolé)

ik ! 05/02/2005 16:20

Moi aussi j'y étais!! Avec une autre sensibilité, un autre vécu
, parmi ces 16 personnes , privilégiées _ j'en sais rien_ Flick m'a fait rire. C'est tout un univers qu'il Nous tisse si vite ; lui et nous, lumière d'un café , pas de scène toute une ambiance à créer... Il se poste là et d'une voix si présente , il s'impose , .... plus de café, spot sur lui, les yeux dans les yeux. Il réanime les textes de Dimey, les déclame, mais moi j'ai juste l'impression que c'est lui qui invente mot à mot l'histoire qu'il nous conte. Cette proximité qu'il crée alors nous emmène tous _ non nous ne sommes pas qu'un auditoire , on le fixe pour ne perdre aucune miette, on suit toutes les variations : "tiens !! il boit vraiment le verre de vin posé sur le zinc, Mais Quel Acteur - mais où nous amène t il ? Poésie , envie de vivre , instant de détresse , et pourtant on rit , on sourit , on est captivé ! Vous n'allez pas me croire , mais il y a des acteurs , si si des vrais acteurs qui ne sont pas à la télé , ils sont là !! J'y crois pas , trop fort , on nous aurait menti! Je ne suis ni critique , ni rien de tout cela , je ne refais pas le monde pour un spectacle , mais j'y étais et celui est bon , Croyez moi !!!