Arts et Métiers

Publié le par nicolas voisin

(clown triste / photo PLB Paris 2005)

Cuivre tout alentour, sièges tachetés en tissus-faux-velours bleus, lumière également bleutée et ambiance futuriste... Arts et Métiers.
L'Ile de France est métissée et elle est coquette en cette ligne 3 - Station Opéra. Qu'ils sont proprets et qu'ils sont gris. A part peut être celle-ci... Quel age a-t-elle ? Qu'écoute-elle de ces deux fils qui lui pendent des oreilles ? Ses ongles sont "fait" mais pas peinturlurés ; elle se ronge les lèvres et devient plus grave, station St Lazare... Une vieille dame s'élance et derrière elle la porte  bruyamment glisse. Une voix s'élève puis le vacarme étourdissant de la rame en marche reprend. Son regard se fait vide. A quoi pense-t-elle, station Europe ? Elle baisse la tête, étend les jambes. bientôt Villier. Break et fin de ce premier trajet.
Malesherbes, trajet retour, le Mob (la foule) est dense et le tube odorifère s'agite d'un rythme binaire sorti d'une boitte à rythme trop forte, utilisée ici à des fins de charités. La goutte au nez, les cheveux brillants de ce crachin hivernal, je regarde ce Mob anonyme, n'osant soutenir le regard de ces autres qui, à leur tour, tour à tour, baissent les yeux.
Mon rendez-vous a duré plus que prévu. Paraphrases autour du développement, commercial celui-là. Mon interlocutrice venait de frôler la mort. Les considérations professionnelles sont alors bien secondaires en ces instants post-traumatiques.
ça sent la bouffe et la sueur mal contenue dans cet engin laqué et bondé. Gare St Lazare, les visages changent. Un mendiant pue et tend la main. Telle une transhumance, les hôtes de ce wagon se croisent, ne se mêlent pas, se frôlent, mais ne se touchent pas, se voient sans se regarder, s'entendent sans s'écouter, se racontent sans se dévoiler, se voile sans conviction, sans envie, se toisent sans avis et le silence sonnant des discussions disparates se fait mélodie. On est à Opéra.
Les jupes se font plus courtes, les chevilles plus fines, les effluves de parfums plus douces. magie d'un instant volé... L'œil sombre et glauque d'un jeune homme déjà buriné par un quotidien "itilique" guette ce stylo qui s'agite entre mes doigts nerveux. Se demande-t-il si mes mots traitent des siens ? Tout cela se passe sans un échange, station Bourse, où nul ne monte ni ne descend.
Permanentes et frisottis côtoient brushings et laisser-aller, barbe naissante et trois-poils-au-menton, misère humaine et bourgeoisie hautaine d'un chignon relevé. Station Sentier les chemins convergent, de fil en fil, de rail en voie, l'air conditionné de chacun n'étant imputable qu'à l'indifférence de l'autre.... Art et Métiers : la porte s'entrouvre et je retrouve cet air concerné de ceux qui sont arrivés ; la route est pourtant encore longue.
En marchant, évitant défections canines et réverbères taquins, je feuillette Libé : premières photos de Titan, dernières photos de Florence Aubenas, première une de Yann Wehrling - nouvelle icône des verts - portrait de Candy (Douceur - Condoleezza Rice) et immigration à la sauce Europe... Tout se mélange, je songe à ces 50 morts par jour en Irak, et ce 20 janvier qui verra W entamer son nouveau mandat, au 30 et ces improbables élections irakiennes, alors que des mots trottent encore dans ma tête, ceux d'Antoine Sfeir (des cahiers de l'Orient), ma bible à comprendre le proche Orient, ou ceux d'Ignacio (Ramonet, le Monde Diplomatique), lus ce matin, sur cette Afrique "continent en mutation et en quête de liberté" ( http://www.monde-diplomatique.fr/mav/79/RAMONET/11856 )...
 
Je vais rêver à ces petons distingués pour ne plus penser à ce veille homme qui avait faim, à ces pays qui s'appauvrissent, à la biodiversité en péril... Au monde en marche. Ces pédestres beautés sont un havre de paix...

Publié dans la voix du blog

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