oto.../extrait/2003

Publié le par nicolas voisin

...Il était Dix sept heure le lendemain quand, un filet de bave séché le long de son col amidonné, il ouvrit un oeil embué ; le petit neveu Hussein venait d’être plébiscité. TotalFinaElf avait pris trois point. Le monde ne s’était pas arrêté. Cindy lui avait parcontre envoyé une coupure de presse via kaila. Un écho d’actions terroristes isolées, celle ci étant survenue la veille.

Extrait d’une note retrouvée sur le corps ensanglanté d’une victime d’un tireur isolé.

 

« …Dans une résidence universitaire quelconque, un jour quelconque, une personne quelconque traversait le parc, sous une pluie ennuyante. Sauvagine, l’excellente radio locale, dissipait un son lancinant qui berçait l’assistance. Le minibus était arrêté sous un pin centenaire. Un chien de chasse, un basset peut être, était assis à l’arrière d’un Hilux double cabine, gentes évidées chromées, pare buffle, intérieur daim. Le sol est détrempé. La musique s’efface ; Reviens un piano, un orgamon, cette voix suave. Un groupe de jeunes, une jolie fille. Un autre bus, la musique enchaîne, les basses sont douces, entraînantes, le rythme, la mélodie, remasterisé dix fois, travaillé, millimétré. Et cette pluie qui tombe. La bulle. L’absinthe ; le bus avait roulé. Un autre paysage, une autre cité U, un autre bâtiment. Des chênes, de grands chênes étêtés, des peupliers décharnés, un escalier en béton recouvert d’une mousse verte glissante, une haie taillée au cordeau, des feuilles mortes amoncelées, en veux tu ? en voilà ! C’est l’automne. Presque l’hiver. Nouvel arrêt du bus. Des appartements en rez de jardin, avec des jardins minables, des jardinets où l’on cultive trois bouts de grillages et quelques brins de déchets industriels, pots en terre, en fer, clayettes, bouts de tuyaux, lampadaires… Musique en langoureuse descente. Le temps se calme. La musique s’estompe. Le lierre ne grimpe plus, il est marron foncé, trop marron, trop foncé. Un sac poubelle s’est suicidé, jeté d’une fenêtre. Un ami passe. Le bus passe. Jésus gonna get jazz, la musique. Une cafétéria. Michel de Montaigne, l’université, garé avec les warnings en caution de notre bonne volonté, pas évidente. Excellent blues, voitures partout, trop de voiture. Jésus ! Une estafette. Une handicapé. Elvis. Les cymbales, grosse caisse, les trompettes. Que de cuivre. Trop de cuivre. Des flics en civil. Non. Des jeunes. Pas si jeunes. Un véhicule blanc qui ralenti à notre hauteur. Trois personnes. Une arme. Pas des tireurs d’élite. Une balle. Un mort. Ma voisine est tombée, coté vitre. Une cafétéria. Un éclat. Encore une cafétéria. La voiture s’éloigne. Le bus s’arrête. Guitare sèche. Le sang coule. Le moteur tourne. La musique est vieille. Ma voisine devait avoir vingt ans, une étudiante, veste grise, pantalon bleu ciel, teint jaunatre. Une chanson d’amour qui sent l’hiver, la neige qui tombe. Un noir qui passe. Un merle s’immobilise sur la pelouse, un pigeon se pose. La musique est trop forte. Une femme descends. Elle est jeune, un sac en cuir tressé. Le sang coule. Les violons glacent l’instant. Le sang coule. Le temps s’arrête.

C’était ma tempe, je ne sens plus rien.

Le temps coule, la musique, la musique, mon sang s’écoule… Silence… Un temps infini s’écoule. Du jazz, une voix soule. Gyrophare, ambulance, ambiance, toujours du jazz, ambiance. Le sang coulait. Ciel gris, temps humide, toujours des bus, des bus, puis plus un bus, plus un nuage. Trop de sang. Plus de sang. Plus de temps. Cent ans. On s’entends. Jazz, encore jazz. Jazz… »

 

La vie avait donc repris son court.

Les hommes tombaient.

Jazz.

Riche idée que t’as eu gamin, avant d’y laisser ta peau… Jazz, pensait Boby. Je vais me mettre un bon jazz. Percussions. Fender funky. La musique fait tout passer.

Plus tard, je répondrait à cette Cindy.

Jazz...

Publié dans romans & nouvelles

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