oto.../extrait/2003

Publié le par nicolas voisin

Istrael

Haifa

12-09-11

8 h 36 am.

 

            Sarah était juive, comme son nom peut l’indiquer ; elle était veuve, comme son attitude pouvait le suggérer ; elle était mère et à nouveau enceinte… Mais rien ne le laissait encore transparaître. Si ce n’est ce doute, cette crainte, qui la fit aller voir son médecin, à Haiffa.

            Elle avait laissé sa fille chez sa mère ; elle aussi d’ailleurs, veuve. Dans la plus grande partie d’ Israël comme dans l’état palestinien, chaque jour restreint, la majeur partie des femmes avaient un homme, fut il un père, un mari, un frère ou un fils, à pleurer… Sarah ne pleurait plus. Depuis quelques jours, en effet, elle arrivait à faire autre chose que de pleurer…

 

Elle avait au moins cinq bonnes minutes de retard à son rendez vous, restée trop longtemps devant son poste de télévision à regarder des heures les mêmes images ; celles d’attentas monstrueux survenus en série. Les serials killer font plus de morts qu’avant ; vivement hier, pensait elle en entrant dans le hall. La clinique ; pour peu que ce débris tant de fois détruit et (mal)rebâti puisse encore faire penser à un bâtiment à vocation médicale ; était déjà en effervescence.

 

Elle courait à petit pas, sa robe longue l’empêchant de s’empresser d’avantage. Judie, Sa fille, devait dormir à cette heure ci ; elle dormait fort heureusement tard le matin et hier avait été une journée fatigante. L’ambiance était pesante pour une si jeune enfant… Qui donc des néo-libéralistes occidentaux, des leaders religieux, des grand chef manchots de la politique du proche et du moyen Orient, qui donc pourrait lui apporter une solution de paix pour son peuple, coupable et martyre de la xénophobie ambiante…depuis des decénies.

 

L’horloge annonçait huit heures trente sept ; « elle a toujours avancé d’une minute ! » lui lança une infirmière qui se rendit compte quelle semblait s’en préoccuper.

- Le médecin vous attend ; il n’a personne, allez y . 

- Merci. Elle entrait dans le cabinet et devant elle se dressait, en contre-jour, celui qui aurait du lui annoncer, dans les minutes qui suivaient, qu’elle avait dans la chaleur protectrice de son ventre naissant, un future garçon de sept semaines.

 

Mais il ne lui annonça pas.

 

            Dans le ciel d’un bleu parfait, un drome de dernière génération apparu ; ceux dont ont dit qu’ils auraient été moins chers s’ils avaient été réalisés en or, ces miracles de la technologie de pointe militaire. D’un élan rectiligne, il avançait clairement en direction de Sarah.  Est ce moi qu’ils veulent tuer ? Eu juste le temps de songer Sarah.

 

            Dans un fracas de tôles, de béton et d’acier, la charge explosive que contenait l’avion embrasa le ciel tout alentours, réduisant en minuscule fragments chaque élément des trois bâtiments se jouxtant : la clinique, l’ambassade américaine, et l’école judaïque ; laissant la petite Judie orpheline, à six ans et demi.

 

 

Quand sa grand mère alluma la télé, il était peut être dix ou onze heures du matin. La radio venait de l’annoncer, les bombardement subis à Jérusalem ont été précédées de frappes sur d’autre point stratégiques.

Haiffa.

Elle avait sursauté. C’était à Haiffa que Sarah était partie… Mais pourquoi donc avait elle été à là-bas ? Elle bondit à l’intérieur.

 

Judie jouait sur la terrasse, devant la mer, prenant un bain de soleil en rhabillant tant bien que mal sa poupée mouillée. CNN Diffusait les images en direct.

 

«  Tout le centre ville est touché par le gaz ;

il semblerait que ce produit soit le même que celui employé à New York il y a 48 heures, produit qui n’avait pu être identifié. Jérusalem est une ville morte, l’accès en est barré par l’armée de Tsahal, protégée par des combinaisons et des masques qui rendent d’autant plus effrayant cet odieux spectacle. Les seules images qui ai été rapportées de la capitale nous ont semblées ne pas devoir être diffusées sur notre antenne, tant les dégâts apparant de la mort subite par ces hommes, ces enfants et ces femmes, sont insupportables.(…) Dans six autres villes du pays des attentats ont également été commis simultanément, dont certain à l’aide des dromes américains disparus au dessus du désert saoudien il y a trois mois de cela. L’étau se ressert autour d’un groupe terroriste hypothétiquement islamiste qui prolongerait l’action du précédent jihad, mais on vous confirme qu’aucun nom et aucune localisation n’ont été avancés. Ici, on doute que les forces alliées puissent ne rien en savoir, compte tenu de l’ampleur des moyens maintenant mis en œuvre. Un numéro, qui défile actuellement en bas de  votre écran, est dés à présent mis au service des proches des victimes potentielles de l’attentat, le gouvernement invitant toute personne susceptible de faire avancer l’enquête à … »

 

            Elle coupa le son. Composa le numéro.

Oui, la clinique avait été entièrement détruite, et oui, la Ford  de Sarah avait été découverte à proximité, vide. Sarah n’avait pas appelée. Sarah était morte.

Ici, on n’est pas blessé.

Avec de tels quantités d’explosifs et de toxiques, on est désagrégé, disséminé, brûlé, rongé, on est mort.

Madame Hazerati pris Judie dans ses bras et monta dans la chambre de Sarah . Elle s’assit sur son lit qui n’était jamais correctement fait, poussa du pied ces sous vêtements  abandonnés ça et là par son unique fille, par le dernier maillon familiale qui avait été épargné.

Sarah n’est plus. Judie pleura en voyant sa grand mère pleurer. Celle ci la serrait trop fort dans ces bras crispés. Elle serrait tant qu’elle le pouvait, et en avait presque oublié que judie était là. Ces pleures  la sortire de sa torpeur. Pourquoi tant de douleur ? pourquoi bombarder des civils qui soufrent au quotidien de chaque nouvelle idéologie ou doctrine, fut elle politique ou religieuse ? Qui peut prétendre vouloir imposer un modèle d’avenir à un tel prix ?

 

Judie séchait ses larmes.

Sa grand mère regardait fixement la photo de son mari et celle de son beau fils, toutes deux épinglées par Sarah au dessus de sa commode. Eux aussi avaient choisi « la cause », la leur, le combat ; ils avaient voulu défendre leurs convictions. Et avait payé de leur vie leur courage, ou leur obstination, laissant seule la seule vrais raison de se battre : ceux qu’ils aimaient, ceux qui les aimaient, « celle qui les pleures aujourd’hui », pensa t elle à haute voix.

 

Encore une fois, il faudra continuer à vivre.

 

- Pourquoi tu pleures ma chérie ? S’enquit elle au prés de Judie.

- Parce que personne ne m’a fait de bisous ! ça fait deux jours. Petit chat aussi, il veut un bisous.

- Oh ! ma chérie.. Gros bisous mon amour. Tu sais…

Non, rien.

Publié dans romans & nouvelles

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