sirènes

Publié le par nicolas voisin

 
 
Je sortais de chez moi.
Il brumait, le ciel était lourd, ma chienne agitée, la boite au lettre défoncée, et la petite cour dégoulinait du crachin du matin.
Il était 11 h 58 "à ma montre" (bien que je n'en ai pas, je savais qu'il était 11 h 58).
 
Soudain, les sirènes se mirent à hurler. Pas une alarme, pas une sirène, non, toutes les sirènes que Paris, ou notre arrondissement - peut être la France - comptaient. Un bruit qui monte, gronde, se fait écho, vous glace, des bruits "comme en quarante", ces cris métalliques qui symbolisent, mieux que tant d'autres mots, la peur.
 
Immédiatement, trois banalités m'ont effleurées : rentre te calfeutrer chez toi, branche la radio, et prie. Puis deux questions : "ils" sont là ? C'est radioactif (et cette pluie qui tombe) ? Et enfin un doute : je n'ai pas entendu d'explosion...
Alors, comme tout un chacun (et donc les jambes flageolantes), j'ai pris mon courage, ma curiosité et la laisse de ma chienne - ultime rempart contre la terreur - à deux mains, et j'ai franchi le seuil de la cour.
 
Là, il y avait un facteur, mon facteur, l'air guilleret, le teint net et l'œil vif, qui me salua.
- "Veuillez m'excuser, lui demandais-je, mais ces sirènes, cela veut dire quelque chose ?
- Vous n'êtes pas au courant ?! Tous les premiers mercredi du mois, "ils" testent les sirènes...
- Ah ! Et bien, "ils" m'ont fait peur...
- Ayez peur si elles se mettent à sonner à un autre moment..."
 
Jusque là, tout va bien.
C'est toujours pas pour nous.
On est conditionnés quand même.
 
(...)
 
Puis vient le silence.
Trois minutes de silence pour l'Asie.
Il était midi.
Ou peut-être mi-nuit...

Publié dans la voix du blog

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