extrait d'un roman (20003)

Publié le par nicolas voisin

11-09-11

San francisco.

 

22 h 00.  Est ce bien normal qu’un père de famille soit encore retenu à son travail à une telle heure de la nuit ?  Andy  en doutait fort mais il n’y pouvait rien. C’est à cette heure qu’il était habituel de boucler la une du journal ; à cette même heure qu’il avait promis à Mary  de quitter le bureau, non sans trinquer une ultime fois avec ses collaborateurs.

 

Le brouillard gagnait les plus hautes tours du centre névralgique et économique de Frisco, ce brouillard glacial et coutumier  dans lequel s’engouffrait le tramway.  C’est épuisé, éreinté de tant de précipitation en un jour si particulier qu’Andy  quittait la vieille ville bondée de badauds et de fêtards en tout genre.  « happy birthday » , c’est tout ce qu’ils avaient trouvé pour titrer  la une de demain, rien d’extravaguant ni de bien original ; une grande et belle photo en pleine page, représentant le président et son homologue anglaise, main dans la main, se félicitant du rapprochement imminent de la Grande-Bretagne et de sa non moins grande alliée d’outre atlantique.  Tout ça pour ça ! avait ironisé Patrick, l’incontournable grincheux de service, frustré de n’avoir pu illustrer la une des photos de liesse populaire qu’il avait réalisées quelques heures avant au stadium, transformé en mosquée d’un soir. Qu’importe. Les enfants se moquaient bien, eux, des gros titres de demain ; puissent ils garder leur papa à leur cotés quelques heures de plus .

 

L’appartement portait encore les décorations et les illuminations des soirées précédentes. Sur la porte on pouvait lire : « c’est ici papa ! » ; Tom et  Kaila  avaient tenu à ce que l’on ne touche pas à l’écriteau avant la fin des fêtes de commémoration ; on ne sais jamais, disaient ils, ce père noël pourrait avoir oublié un ultime cadeau !

Mary était à la cuisine, finissant de ranger dans la machine les vestiges sucrés du festin des enfants. Kaila dormait presque et c’est Tomas qui accueillit son père dans l’entrée du loft.

- Bonsoir mon amour ! lança Andy . Est ce que vous avez été sage et est ce que vous avait bien aidé maman pour le repas ?

- Tu parles ! Ils ont été surexcités et m’ont épuisée à force de courir et de crier à tu tête .

- Désolé ma chérie, je n’ai pas pu t’appeler  ni me libérer avant. A quelle heure as tu dit aux autres qu’on les rejoignait ?

- Dans une heure, et t’as intérêt à te dépêcher si tu ne veux pas  qu’on arrive trop tard.

 Andy se servit un scotch et alla retrouver sa petite princesse somnolente sur le canapé. La télé était allumé et montrait en boucle les manifestations de 2003 et les révoltes des 11 septembre de ces quatres dernières années dans les différentes capitales du monde.  Il allait coupé le son quand un bandeau d’information s’afficha en bas de l ‘écran :

 

« Drame en Europe,

 la centrale nucléaire Superphœnix vient  d’exploser faisant des milliers de victimes. Notre flash dans deux minutes. »

 

- Oh mon Dieu ! s’exclama Andy, manquant de s’effondrer sur sa fille. Pardon ma puce. Mary, vient vite, il  vient de se produire un horrible accident. Mary accouru dans le salon, le tablier encore taché de chocolat et de chantilly, elle regardait fixement l’écran de la télévision. La sœur d’Andy vivait à Bordeaux. Ils avaient la gorge nouée. Les seuls mots qui sortirent de la bouche prostrée d’Andy était « non ! non ! non ! Nooooooon… »

 

« Flash spécial d’information. Nous interrompons momentanément nos programmes en raison d’un drame, dont on ignore encore les causes ;  l’une des plus grosses centrale nucléaire en fonctionnement en France vient de subir une monstrueuse déflagration. Les premières images nous parviennent en ce moment. Le drame à eu lieu à vingt deux heure treize précisément ; il y a quelques minutes. Le nombre de victime est indéterminé, les risques de radioactivité sont considérables.

Tout de suite, notre reportage et en direct par Internet, les commentaires de notre correspondant en France… »

 

- Appelle immédiatement Maya, je vais allumer l’autre poste pour avoir d’autres infos.. Mon Dieu !

Mary était affolée, elle tremblait et restait immobile, tenant dans une main le téléphone et dans l’autre une spatule de cuisine dégoulinante. Andy revenait de la chambre en courant et composa le numéro en vain… La ligne était d’hors et déjà saturée. Tom, qui n’avait pas quitté des yeux l’écran se retourna , le regard brillant :

- Papa, c’est grave ? tu crois c’est la guerre comme à New York avant ?

- Je ne sais pas mon amour, je ne sais pas, je crois que c’est fini tout ça. C’est la paix maintenant. »

 

« Horreur à Centrale Park ! 

il y a moins d’une minute, un avion d’épandage vient d’être abattu au dessus du centre ville, il était en train de lâcher sa cargaison de produits chimiques sur le stade plein de fidèles, réunis pour une cérémonie religieuse extraordinaire. On estime à plusieurs milliers le nombre de personne présente et probablement touchées par l’attaque.  Toute la population est appelé à rentrer chez elle, le pentagone, le WIA et la maison blanche en appellent au calme. Aucun lien n’est encore prouvé entre ces deux tragédies.

Tout de suite, les premières images. »

 

            Dans la tête d’Andy, les images défilaient, tel un film en accéléré, des attaques meurtrières de 2001  aux représailles sanglante au moyen Orient et en extrême Orient, et ces questions, odieuses : où sont mes parents, où est ma sœur, où sont Victor, Oto et Cindy, Comment va Maya, comment savoir ?

- Mon amour, que fait on ? chuchota Mary dans un sanglot.

- Rien ma puce, on ne bouge pas, on ne s’affole pas. Essaie encore de joindre Maya, et essaie de joindre tes parents, dis leur de rentrer chez eux. Je fait de même.

- Papa, c’est grave ? s’inquiéta le petit Tom.

- Oui bonhomme, je crois.

- C’est pas la paix alors ?

- Je ne sais pas, je ne comprends pas. Ne cris pas, reste sage et occupe toi de Kaila.

- Pourquoi on vois pas les morts ?

- On ne vois pas les morts parce que…  Parce que c’est chez nous ; parce que c’est atroce… Ne reste pas devant cette télé, va dans ta chambre avec ta sœur, je ne veux pas que vous restiez collé devant cet écran. 

 

Mais que se passe t il ? Pourvu que cela s’arrête là, songeait Andy. Pourvu que personne de proche n’ai disparu. Il pris son portable et se connecta avec le bureau.

- Patrick, t’es au courant ? Quelles infos as tu ?

- Rien, je n’ai rien de plus sur la bécane, que la télé comme toi. T’es au courant pour la France aussi ? Bordel, on est attaqué ou quoi ?

- Ca ne te paraît pas évident ? Bon sang, mais qui donc nous attaque ? On n’avait pas liquidé tous les terroristes ? Comment l’histoire peut elle ainsi se répéter ?

- Je te laisse Andy, j’ai un bip sur  ma bécane… Oh ! mon Dieux !!! regarde ta télé !

 

« Attentats en série sur les principales places boursières.

Tokyo, Londres, Wall Street et Paris viennent d’être incendiées. Des flammes s’échappent des bâtiments, heureusement vidés de leur personnel. A Tokyo, une violente explosion a précédée l’incendie. Toutes les polices et les armées des pays concernés sont en alerte maximale. Il semblerait que des missiles aient été tirés depuis des immeubles voisins vers des cibles stratégiques.

Dans un instant, l’intervention du président en direct d’Air Force One … »

 

 

Le monde est fou, pensa Andy, les missiles ne viennent pas d’ailleurs… Ils sont tirés des bâtiments voisins… Cela va t il s’arrêter ?!

Mary était muette, debout, les bras ballants le long du corps, elle regardait, les yeux tristes et inanimés, comme figée,  se dérouler devant elle le plus mauvais des films de guerre, la plus folle des tragédies… Jusqu’à où ? Pourquoi ? Et ce téléphone qui ne fonctionnait pas en longue distance.

 

            Les meilleur des choses mettent des années à vous arriver, le pire se déroule en quelques secondes sous vos yeux impuissants et sidérés… Il y a une demi heure, ils s’apprêtaient à sortir fêter une soirée de plus entre amis… Il faudrait bien manger le saumon,  se dit elle alors que son esprit s’était brusquement mis à divaguer, la date limite de consommation était aujourd’hui…

- Tu veux manger quelque chose chéri ?

- Non. C’est sûr. J’ai peur, j’ai mal au cœur, mes idées se bousculent… Mais tu ne me feras rien avaler. Si, je vais reprendre un verre… 23 h 00… verra t on demain ?

 

 

la suite ?...

Publié dans romans & nouvelles

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