Débat : Non à l'entrée de la Turquie dans l'UE (par calmero)

Publié le par nicolas voisin

Je me permets de copier ici la réponse, intelligente et contrastante avec mon propre point de vue sur ce dossier, postée par "Calméro" en commentaire à un récent article ("Pour ou contre l'entrée de la Turquie dans l'UE ?" http://biologikpolitik.over-blog.com/article-35791-6.html) et sans doute au point de vue développé sur BLP dans l'article précédant ( "Il a été bon"  http://biologikpolitik.over-blog.com/article-37248.html )

Puisse ce débat ce prolonger ici.

Je reprends le temps de l'allimenter dans les 24h.

 

"Perso, je serai plutôt contre l'entrée de la Turquie dans l'UE. Et ce pour différentes raisons: Son poids démographique, la fameuse différence culturelle et le fossé économique. L'extension de l'UE à 25 est déjà un pari adacieux mais risqué. La Turquie à elle-seule doublerait le "morceau" à digérer, ce qui diminuerait exponentiellement la probabilité que la construction européenne puisse aller de l'avant. De plus, on peut dire ce que l'on veut, je ne pense pas que la Turquie soit pleinement européenne. Si l'UE se retrouve avec une frontière commune avec l'Iran, l'Irak et l'Arménie, entre autres, elle ressemblerait à un gros machin sur une carte sans réelle définition. Par ailleurs, le faible développement démocratique et le fossé religieux enlèverait à un bon nombre d'Européens le sentiment d'appartenance commune. Et sans l'adhésion du peuple, l'Europe est condamnée. Perso, je fais le parallèle entre la Turquie et le Mexique: Le Mexique est voisin des USA, est en partie en Amérique du nord, mais a une culture différente, un fossé économique très important et un poids démographique démesuré. Les "ricains" on ont-ils fait le 51ème état? Que neni! Ils savent trop bien que cela aura risqué de faire imploser leur cher état-nation et leurs chères "valeurs". Par contre, au niveau économique et diplomatique, les USA ont établi moult accords privilégiés avec le Mexique. Ces accords ont issé des liens étroits entre les USA et le Mexique et ont favorisé l'essor de ce dernier tout en fournissant un moteur de développement aux USA. Alors, pourquoi ne pas faire de même avec la Turquie? Oui à une coopération, non à une absorbtion. Personnellement, je suis un grand Eurphile. Ayant vécu en Espagne, Belgique, Allemagne et France, je me sens d'avantage Européen qu'aucune autre chose. Je serai incapable de choisir entre les différents pays, chacun ayant des qualités propres, mais aussi un fond culturel identique. Si la Turquie rentre, je crains pour la stabilité et l'avenir même de l'UE, à peine adolescente et jouant déjà à la "roulette Belge" (5 balles dans le barillet). Aussi, pour la première fois, je sens ma nation, l'Europe, en péril. // Calméro"

Et vous, votre avis ?

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nico 24/09/2005 13:55

un commentaire intelligent (brillant ?) comme l'on aimerait en croiser d'avantage... Et qui relance ce débat. Grâce (ou à cause) de cet intervention, je vais sans doute remettre les pieds dans le plat sur ce nouveau site que j'anime (www.nuesblog.com) / lien ci-dessous.

Merci de ta participation éclairée, Zlatan.

Zlatan 24/09/2005 13:17

Depuis tout petit, j’entends parler de la Turquie dans les rencontres sportives européennes… également pour Miss Europe ou l’Eurovision. Donc depuis mon plus jeune âge, le fait que la Turquie et l’UE aient un destin commun, n’est pas un point de vue mais un état de fait. Je suis donc étonné que les Français aient une vision aussi rétrograde au sujet de l’entré ou non de la Turquie dans l’UE.
Contrairement aux USA, l’Europe n’a jamais été et n’est certainement pas une nation. Les états européens ont un fond culturel similaire, mais certainement pas identique. Cette particularité doit être préservé, offrant ainsi une alternative aux diverses unions entre pays.
Donc, il est un tantinet fallacieux de comparer l’UE aux USA, ça n’a rien à voir. Il est tout aussi fallacieux de comparer le Mexique à la Turquie. En effet cette dernière est un état, alors que le Mexique, à l’instar des USA, est une confédération d’Etats (Mexique = 31 Etats + 1 district fédéral).
Si j’apprenais que la Turquie rentrerai dans l’UE dès demain matin, j’avoue que je serais quelque peu sceptique. Mais dans un futur à long terme, je pense que cela serai bon ; autant pour l’Union que pour la Turquie.
En Europe, le taux de natalité est en forte baisse, dans certains pays cela en devient même préoccupent. La Turquie peut répondre à cette future déficience de main d’œuvre.
La Turquie est un état laïque tout comme la France. Ce qui peut permettre de rééquilibrer les forces dans le jeu européen interne : un axe « turco-franco-allemand » vs celui de l’hispano-malto-polonais. La Pologne est un pays très catholique, et il s’agit d’un catholicisme archaïque rappelant parfois celui du Moyen-âge. La Pologne avait proposé que Sainte-Marie (la mère de Jésus), soit la sainte patronne de l’UE. Bien que d’origine polonaise, je suis avant tout un fils de 1790… Ce serait officialisé une chrétienté au dépens de la France qui est un état laïque, au dépens des non-croyants et des athées. Mais plus qu’une chrétienté, c’est le catholicisme qui se dessine en filigrane. En effet, dans le monde protestant, les saints ont une moindre importance que chez les catho’, et que dire des juifs… sans compter les orthodoxes dont nous abordons une chrétienté typiquement orientale (une pensée à la Bulgarie et à la Roumanie qui intègrerons l’UE en 2007). Mais également, les divers communautés musulmanes européennes. Divers, car j’en dénombre trois :
1°) la plus récente, celle des anciennes colonies des différents empires européens.
2°) celle du Moyen-âge, persistance de l’empire Ottoman : Bosnie, Albanie, Macédoine, Podolie (en Ukraine), Bulgarie, Valachie (Roumanie).
3°) Les Tatares descendants de Gengis Khan, dont les mosquées en bois peints sont toujours d’actualité en Podlachie (Pologne). Il est vrai que cette population est ultra-minoritaire, car en 39/45 elle perdit 85% de ses représentants ; ils furent assimilés aux Tsiganes et donc gazés. A noté que ces Tatares de Podlachie (à ne pas confondre avec les Tatares de Crimée), bien que musulmans et de langue altaïco-mongole, furent très trop assimilé dans la nation polonaise. Si bien qu’au siège de Vienne par les Ottomans, les Polonais aidèrent leur allié du moment autrichiens, avec dans leur légions ces fameux Tatares. Ironie du sort des musulmans contre des musulmans.

Bien qu’étant laïque, la Turquie est de tradition musulmane. Raison de plus pour qu’elle intègre l’Europe. Il ne faudrait pas scinder en deux chaque chose systématiquement. Le bien le mal, l’islam, le christianisme. En intégrant la Turquie dans l’UE, on brise se phénomène renaissant qu’est : islam vs christianisme… on gagne en populations et en dynamiques économiques à longue échéance. De plus on perdrai cette tendance thanatophile d’un eurocentrisme, grâce à une vision turque ; extra-européenne.
Autres faits positifs, c’est la proximité des pays du Caucase, de l’Iraq et de la Syrie. Nous sommes aux premières loges d’une future stabilité politique. Si l’UE intègre la Turquie, cette première aura un poids justifié, vis-à-vis des pays musulmans.

La politique ne recouvre pas la réalité géographique. Exemple l’UE ne sera jamais le calque du continent européen. Pour « cause » de Russie l’UE n’ira jamais jusqu’à l’Oural. En revanche, l’UE intègre Chypre dont 100% du territoire est au Proche-Orient.
Bien que les Russes soient slaves, ils ne sont pas européen. Alors que les Polonais qui sont également des slaves, sont encré dans le concept européen. Car l’Europe c’est un concept.

Au Moyen Age, l’unité européenne reposait sur la religion commune. A l’époque des Temps modernes, elle céda la place à la culture (art, littérature, philosophie) qui devint la réalisation des valeurs suprêmes par lesquelles les Européens se reconnaissaient, se définissaient, s’identifiaient. Or, aujourd’hui, la culture cède à son tour sa place. Mais à quoi et à qui ? Quel est le domaine où se réaliseront des valeurs suprêmes susceptibles d’unir l’Europe ? Les exploits techniques ? Le marché ? La politique avec l’idéal de démocratie, avec le principe de tolérance ? Mais cette tolérance, si elle ne protège plus aucune création riche ni aucune pensée forte, ne devient-elle pas vide et inutile ? Ou bien peut-on comprendre la démission de la culture comme une sorte de délivrance à laquelle il faut s’abandonner avec euphorie ? Je n’en sais rien. Je crois seulement savoir que la culture a déjà cédé la place. Ainsi, l’image de l’identité européenne s’éloigne dans le passé. Européen : celui qui a la nostalgie de l’Europe.