Pour ou contre l'entrée de la Turquie dans l'UE ?

Publié le par nicolas voisin

Lu chez Loïc (article du 14/12, source : le figaro)

"Intéressant article dans Le Figaro d'aujourd'hui, selon un sondage Ifop Le Figaro (enquète européenne):

"Raisons du "pour" à l'entrée de la Turquie
-la Turquie a déjà fait beaucoup d'efforts pour se moderniser
-la Turquie fait géographiquement partie de l'Europe
-l'arrivée de la Turquie renforcera le poids de l'Europe dans le monde
-les entreprises de notre pays pourront plus facilement s'y développer
-il y a déjà beaucoup de Turcs dans notre pays
-la Turquie fait culturellement partie de l'Europe
-l'Europe s'y est engagée depuis longtemps
-si la Turquie n'y rentre pas, cela renforcera l'influence de l'islamisme dans ce pays (première raison pour les français)

Raisons du "contre" à l'entrée de la Turquie
-les droits de l'homme n'y sont toujours pas respectés
-il y a trop de différences religieuses et culturelles
-la condition des femmes n'est pas la même qu'en Europe
-la Turquie n'est pas géographiquement en Europe (raison numéro un pour les français)
-cela pourrait encourager de nombreux immigrés en Europe (raison numéro deux pour les français)
-cela favoriserait le développement des activités criminelles et terroristes (raison numéro un pour les espagnols)
-le niveau de vie et le développement de la Turquie sont trop inférieurs aux nôtres
-il y a déjà trop de pays dans l'Union Européenne
-cela favoriserait les délocalisations d'entreprises vers la Turquie (raison numéro trois pour les français)"

Pour ma part, je pense que si nous fermons la porte au seul pays sauf erreur de ma part à dominante islamique avec une démocratie en place, c'est une erreur.

Et vous, pensez-vous qu'il faut faire entrer la Turquie dans l'Europe ?"

pour BLP, c'est OUI !

(voir l'édito ;-)

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nico 04/01/2005 20:25

si référudum il doit y avoir, ne crois tu pas que celui-ci se devrait d'être européen (et simultané dans tous les pays de l'union) ? il est temps d'être audacieux !
comme toi je suis contre une idée "religieuse" ou "géographique" de l'Europe, qui se doit par contre de s'ouvrir, notamment car - une fois de plus - le processus d'intégration EST vertueux.
merci de cette intervention... Je viens de découvrir (en toute sincérité)  "ré-so" et ai été très agréablement surpris par la cohérence et la similitude de nos points de vue.
j'envisage de vous rejoindre.
jettez un oeil ! c'est dans les liens (les derniers, ceux-ci étant classé par datte d'intégration)

sylvain 04/01/2005 19:59

vu sur www.re-so.net

Dans un contexte international particulier miné par l’islamophobie et la guerre contre le terrorisme, le vieux projet d’intégration de la Turquie à la communauté européenne a pris un tour nouveau.

Malheureusement, les arguments avancés trahissent souvent une vision étriquée de l’Europe.

* Une Europe chrétienne

La peur que suscite la Turquie chez certains dirigeants politiques et à n’en pas douter dans une partie de la population (si l’on en croit les derniers sondages) repose sur une appréciation négative envers la religion que pratique à différents degrés ou dont se réclament la majorité de ses habitants. L’islam n’a pas bonne presse en ce moment et la victoire de l’AKP au Parlement turc confère de façon inédite une teinte "verte" au régime d’Ankara.

Le retrait des militaires de l’avant scène politiques’est accompagné d’avancées démocratiques souhaitées apr la communauté internationale (pour l’essentiel, l’Europe et l’Amérique du Nord). Pour autant elle a permis l’arrivée au pouvoir d’un parti politique se réclamant de l’islam. Chose inédite dans un pays revendiquant son intégration à l’UE et qui effraie plus d’un conservateur français attaché à sa propre identité chrétienne. Car si l’Europe s’est construite avec l’appui des démocrates-chrétiens, elle semble refuser l’idée même d’un de démocrates-musulmans. Pourtant de par son cadre juridique et son histoire, la Turquie présente des garanties en matière de laïcité qu’on ne retrouve dans aucun autre pays à part la France.

Qu’adviendra-t-il quand un Etat des Balkans à forte population voire à majorité musulmane (Macédoine, Bosnie-Herzégovine ou Albanie) demandera son intégration à l’Union Européenne ? Car pour le coup la nature européenne ne sera pas aussi suspicieuse.

* L’Europe et la tectonique des plaques

L’argument religieux une fois passé les opposants à l’entrée de la Turquie dans l’Europe sont formels : la Turquie est en Asie mineure. Cet argument appelle deux réflexions.

La première est géographique. Certes le Bosphore délimite les deux continents de façons plus ou moins satisfaisante. Mais de ce point de vue on peut objecter qu’une partie du territoire turc est situé sur la rive ouest de ce détroit. De plus, si l’on joue la carte géographique que dire de Chypre et de Malte. A quel continent appartiennent ces deux îles ?

Mais la seconde réflexion plus politique montre les limites de cette opposition : le projet européen n’est pas une simple zone de libre échange limitée à un groupe de pays prédéterminés par leur implantation géographique. C’est un projet politique qui a dû, doit et devra encore s’affranchir des contingences de la géographie physique pour peut-être s’imposer à terme comme modèle d’organisation post national. D’ailleurs certains députés (notamment UMP) ont moins de scrupules à dépasser la question géographique quand il s’agit d’évoquer l’adhésion future d’anciennes colonies françaises comme le Maroc.

* Une Europe anti-américaine ?

Cette dernière réflexion nous amène à la question du cheval de Troie de l’Amérique. Notons avant tout nous les conservateurs en voient partout et à tout moment. Ainsi nombre de pays ont été accusés de faire le jeu des Etats-Unis contre le destin de l’Europe : le Royaume-Uni, la Pologne... et aujourd’hui la Turquie).

* Un référendum ?

La question du référendum est récurrente dans le discours notamment au sein de l’UMP. Bernard Accoyer président du groupe UMP à l’Assemblée, Nicolas Sarkozy, Dominique de Villepin pour ménager les positions historiques gaullistes et chiraquiennes et les réticences militantes et électorales avancent l’idée d’un référendum. La technique référendaire est ici invoquée au nom d’une règle : les Etats membres de l’UE organisent en leur sein librement les modalités pour définir leur position sur l’entrée d’une nouvel Etat. Le précédent dans ce cas remonte à 1972 quand Georges Pompidou sollicita par référendum les Français pour connaître leur position sur l’entrée du Royaume Uni, de l’Eire et du Danemark. Il s’agissait du premier élargissement et intégrait le fameux rival britannique. Peut-on voir dans l’ouverture à la Turquie l’occasion d’un référendum ? Ce n’est pas exclu mais l’utilisation de l’argument référendaire pour éviter d eprendre ses responsabilités est inadmissible. Pire encore si ce référendum sert à mettre au pas dans un sens ou dans un autre le parti de Jacques chirac.

nico 21/12/2004 11:50

voila un avis, un regard, une analyse, différente de celle que je fais ici. Je trouve trés pertinnet ton regard et me permet de "remonter" ton commentaire en article pour avancer dans ce débat.
je prends le temps de développer une réponse à tes arguments. Qui je dois l'avouer sont loin d'être anodins... L'exemple du Mexique mérite d'être développé... Par contre l'idée géographique de l'europe me chagrine un peu... on en reparle !
mes respects
Nicolas

Calmero 21/12/2004 11:38

Perso, je serai plutôt contre l'entrée de la Turquie dans l'UE.
Et ce pour différentes raisons: Son poids démographique, la fameuse différence culturelle et le fossé économique. L'extension de l'UE à 25 est déjà un pari adacieux mais risqué. La Turquie à elle-seule doublerait le "morceau" à digérer, ce qui diminuerait exponentiellement la probabilité que la construction européenne puisse aller de l'avant. De plus, on peut dire ce que l'on veut, je ne pense pas que la Turquie soit pleinement européenne. Si l'UE se retrouve avec une frontière commune avec l'Iran, l'Irak et l'Arménie, entre autres, elle ressemblerait à un gros machin sur une carte sans réelle définition.
Par ailleurs, le faible développement démocratique et le fossé religieux enlèverait à un bon nombre d'Européens le sentiment d'appartenance commune. Et sans l'adhésion du peuple, l'Europe est condamnée.
Perso, je fais le parallèle entre la Turquie et le Mexique: Le Mexique est voisin des USA, est en partie en Amérique du nord, mais a une culture différente, un fossé économique très important et un poids démographique démesuré. Les "ricains" on ont-ils fait le 51ème état? Que neni! Ils savent trop bien que cela aura risqué de faire imploser leur cher état-nation et leurs chères "valeurs".
Par contre, au niveau économique et diplomatique, les USA ont établi moult accords privilégiés avec le Mexique. Ces accords ont issé des liens étroits entre les USA et le Mexique et ont favorisé l'essor de ce dernier tout en fournissant un moteur de développement aux USA.
Alors, pourquoi ne pas faire de même avec la Turquie?
Oui à une coopération, non à une absorbtion.
Personnellement, je suis un grand Eurphile. Ayant vécu en Espagne, Belgique, Allemagne et France, je me sens d'avantage Européen qu'aucune autre chose. Je serai incapable de choisir entre les différents pays, chacun ayant des qualités propres, mais aussi un fond culturel identique. Si la Turquie rentre, je crains pour la stabilité et l'avenir même de l'UE, à peine adolescente et jouant déjà à la "roulette Belge" (5 balles dans le barillet). Aussi, pour la première fois, je sens ma nation, l'Europe, en péril.