Louca / Rêver maintenant

Publié le par nicolas voisin

-« Allons y, Joséphine.

-         Calmement, sans vous emportez. Vous êtes à la maison, chez vous…

-         Oui, je vois la maison… Apnée.

 

 

 La maison est blanche, éclairée par de multiples lampes artisanales, des tissus pastels,

de l’osier, je vois les pots en terre, des plantes vertes luxuriantes, peu de meuble, très peu de meuble… Fin de journée, après midi d’hiver, l’air est humide, il commence a faire froid dehors, un froid bientôt saisissant. Le feu crépite. La maison est petite, la cheminée immense. Un bourbon. Depuis le mariage, je ne manques plus jamais mon bourbon du soir. Aline ne devrait pas tarder. Je suis rentrés tôt d’Espagne, suis passé par le dépôt, quatre jours de récupération. Il va falloir finir les derniers travaux que l’on a omis à notre installation. Le plan de travail doit être remplacé. La cuisine est sommairement équipée, tout est neuf, de ça, de là, des espaces vides confirment l’impression d’inachevé. Le salon n’est pas consensuel. Pas un meuble de plus d’un mètre de haut, la table basse est excessivement basse, les poufs en roseau sont tassés, encaissés ; le tapis aux motif cubiques servant plus souvent à asseoir les convives que le minuscule Futon qui fait face à la fenêtre du jardin. Les chiens dorment, après avoir retourné quelques fleurs et saccagé une parcelle du potager. La route m’a tué le dos, je gratte ma sèche, un vieux Bradley Nowel, du Sublime,  la voix cassé par la fumée, les fumées illicites.

 

            J’entends Aline qui pousse la porte, de l’autre coté, les chiens l’ont également entendue, ils s’agitent. Je m’agite. Aline est là. Pose son manteau dans l’entrée, son sac dans la chambre à coucher, mon amour, je suis là ! Aline est sublime, l’instant est sublime, elle s’avance dans sa longue robe noire, les épaules nues, son coup tendu, reviens d’un congrès, elle est si élégante, si charmante déguisée en grande dame, on eu dit une princesse, une starlette, mon Aline qui jamais ne s’habille, autorité suprême, enfant tout de même, toujours débraillée ou vêtue à la garçonne. Mon Aline est câline, s’approche, pas un mot, la musique flotte encore dans la pièce, son parfum m’aguiche, son sourire me fige, m’excite, m’illumine. Cela fait si longtemps, mon Aline… Du bout du doigt, elle m’indique de ne pas bouger, de ne pas mot dire, de l’admirer, on ne touche pas, ou l’on caresse avec les yeux. Silence. Respire. Apnée.

Elle se retourne lentement, d’une main discrète lance un blues hors du temps, le talent de John Mayall, le Magic Accoustic Finger-style Guitar Jon Mark, un aérien Steve Thompson, Johnny Almond, mouth percussion… Prends son temps. Prendre son temps.

Aline, délicatement, s’échine sans paraître à défaire sa fermeture éclair, au ralenti, l’ouverture est claire, l’intention se dessine alors que je devine son dos, son glabre dos, me tendre ses courbes quand se bandent ses muscles. Aline, tel un petit ver, se dandine, doucement, très doucement, se meut, balance ses hanches, frolle la naissance de ses seins arrondis, bombés, au bout desquelles se pointent déjà deux sommets dévoyés, sur ces inégalables collines à l’épars duvet blond. Le tissus glisse, tombe, doucement toujours, il choie, pas de soutien gorge, pas un bijoux, notre bague à se menotte, juste son bijoux, une agate, cet or ensoleillé, son nombril, son ventre poupon, ses hanches qui s’affirment, mon Aline ! Le tissus de son unique sous-vêtement se fait la belle, se cache, disparaît quand son corps s’impose, que sa chair se fait moins cher, plus accessible, attractive, attrayante, haletante, depuis tant de jours en jachère, sa chair, ma chaire, frémissent, s’électrisent, je me sens bouillir, elle se relâche, s’avance sensuellement, m’effleure, me caresse, sa paume au dessus de mon genou, j’étends mes jambes. Sa paume remonte le long de ma cuisse, son autre main cherche mon torse, elle s‘étends, un frisson la traverse, me traverse, passe sa main sous ma chemise entrouverte, s’approche, encore, tout contre, se frotte, nue, superbe, enflammée.

A mon tour je faillis, l’enlace, du bout du nez lui chatouille la gorge renversée, tête révulsée, macroscopie, yeux qui ne vois que ce qu’ils sentent, mains voyeuses, peau gourmande, recharger ses batteries au contact de l’autre, joindre deux flammes en torche, embraser nos hormones, emballer le palpitant, exciter chaque pore devenu érogène… Irrésistible alchimie. S’embrasser, s’embrasser, se dévorer, se bouffer les lèvres, se titillait du bout de la langue, à la langue appliquer les leçon d’étranger, étrangement découvrir l’érotisme d’une narine, sublimer le lobe , l’imbriquer, jusqu’à la jouissance dans une folle dynamique bestiale. Du téton vouloir tout téter, tout tenter pour exalter la sensibilité de chaque parcelle de derme. Moderne symphonie à l’acoustique ancestrale. Alité, allongé, alanguit, ne plus se détacher.

Aline se cambre, elle geint, elle jouit, je jouis, n’en peux plus de ce désir mélodieux aux échos de nos instincts premiers. Je jouis, je jouis, mon Dieux, Aline ne cesse de gémir de plaisir, immaculé d’une sueur partagée. Tout aussi bruyant, tout aussi humide, je chavire, la serre plus fort encore contre moi, contre vents et marées, les meubles ont disparus, le temps s’est éteint un moment, la lumière est plus douce, la température idyllique. Nous dégageons une chaleur considérable. Nos hanches ne peuvent cesser de se mouvoir, nos corps mélangés s’épanchant de cet éternel communion, conversant bouche à bouche, peu à peu, peau contre peau, cheveux lâchés, noués, collés, envolés… Aline est une mine, une bombe, je ne suis que mèche, éméché, sous ses mèches rebelles me réfugie. Nous allons jouir encore, le temps, encore, le temps, si longtemps, si intense, tellement intense. Respirer !

 

-«  Respirez, Monsieur Louca, respirez. Joséphine, elle même, haletait, n’était en rien capable de cacher son émoi.

-         Encore, Encore, je dois savoir, Où est Aline. Apnée, je veux retourner à ses

cotés… Une larme s’échappait de ses yeux bouffis. L’œil triste, pas méchant, nota Joséphine, qui n’avait su rester insensible à la véhémence de la séance, encore bien pâle, elle même en sueur.

 

            -     A chaque jour suffit sa peine, Monsieur Louca. Vous vous reconstruisez, on progresse, on en arrive à vos cinq dernières années, les scènes sont de plus en plus détaillées, les images plus claires. Pas sûr par contre que ce come-back fera grandement avancer l’enquête de ce Tsarcosy, mais peu importe, je suis fière de vous ; fière de notre travail.

-         Content, content, gémit seulement Louca. Rêver maintenant. Louca dort…

-         Rêvez maintenant, oui…Rêvez.

-         ‘Demain…

 

Publié dans romans & nouvelles

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