Louca - Le soleil s’était effacé

Publié le par nicolas voisin

 

Le soleil s’était effacé devant las assauts répétés du vent, qui faisaient voler branches et feuilles dans le grand parc de la clinique. Les vitres de la fenêtre tremblaient, à l’intérieur, le silence n’était rompu que par les cliquetis électroniques des appareils qui submergeaient le lit de Louca. Son regard était vide. L’homme qui se tenait debout, les bras sur les hanches, petites lunettes et forte corpulence, le fixait depuis un temps indéterminé. Il ne parlait pas. Derrière lui se tenait un ange, un ange coutumier de mon nid, songea Louca. Joséphine veille. Cet homme en blanc n’est pas un ange non plus. Il a l’air préoccupé. Son visage ne m’est pas inconnu, un air de déjà vu. Le docteur sans doute. Celui qui ne sait comment calmer mes douleurs, celui qui tient à ce que l’on prenne le temps. Le temps de quoi. Tout est flou, trop de drogues, de calmants, trop de dégâts, déjà.

 

            -«  Vous me voyez monsieur Loucabale ?

-         Oui, gémit Louca, sa voix était à peine perceptible, retenu dans un semi sommeil protecteur.

-         Mon assistante me dis que vous progressez. Je suis content.

-         Content, acquiesça Louca.

-         Vous revenez de loin, c’est le cas de le dire. On a cru vous avoir perdu à de nombreuses occasions. Ceux qui vous ont fait cela n’y ont pas été de main morte…

-         Où je suis ? Questionna Louca.

-         En île de France, à l’hôpital, à l’avant veille de Noël.

-         Qui suis-je ?

-         Monsieur Loucabale, je ne peux rien vous dire. La police nous interdit de vous donner le moindre élément. Cela pourrait provoquer un choc psychologique aux conséquences irréversibles. Tout va vous revenir. Progressivement, j’espère. Vous êtes cliniquement morts prés d’une heure, il y a maintenant un mois et demi, vous avez vécu ce dont très peu de personne reviennent. Votre vie a sans doute défilée sous vos yeux à ce moment là, elle vous a échappé un instant. Tout va revenir. Rien n’est perdu. Vous devez faire ce chemin intérieur par vous même, c’est absolument nécessaire.

-         Qu’est ce que j’ai ?

-         La liste est longue… Vous remarcherez, vous vous resservirez de vos bras, de vos mains, tout cela est très probable, mais prendra beaucoup de temps. Votre peau a été brûlé en différent endroits, tailladés de part en part, superficiellement. Vos fractures sont innombrables. Il vous ont sérieusement amoché le visage… Beaucoup d’interventions restent à faire pour vous permettre de vous en sortir… Je veux dire, des opération de chirurgie esthétique, entre autre. Votre nez… Sa voix était hésitante. Votre nez a été… Il semblerait qu’ils aient utilisé un club de golf… Et… Et ils vous ont ouvert les deux joues… Avec un cutter ou un scalpel… Ils vous ont… Ils vous ont fait un sourire… et cassé les membres et plusieurs cotes avec une batte ; Une batte de base ball… Pour ce que l’on sait.

-         Qui ?! Hurla tant bien que mal Louca, sentant des pointes de douleur le lancer à chaque détail de son anatomie cité, fracassé.

-         Vous seul le savez… C’est pour ça ;.. Je veux dire… C’est pour cela que Joséphine travaille avec vous… C’est pour cela qu’elle est là. Le ministère de l’intérieur en a décidé ainsi.

-         Ministère ? tenta d’articuler Louca…

-         Oui, enfin, la police, je veux dire la police, bien sûr. Ils sont très… Comment dire… Très présents. Derrière le toubib, Joséphine eu un coup d’œil en travers, en direction de la porte de sa chambre, jamais fermée. Une hombre, un bout de tissus, un costume. Un homme était là. Stoïque. De dos. Un flic. Un Flic devant ma porte ?! Mais qui suis-je ? qu’ai-je fais ? Louca s’énerva, s’évertua à bouger, mais pas un seul bout de lui ne répondait.

-         Calmez vous. Vous êtes attaché, vous ne devez bouger pour rien au monde. Vos cicatrices sont trop récentes, les points ne sont pas encore assez solides pour que nous tentions le moindre mouvement. Dans quelques jours vous pourrez essayer à nouveau de vous mouvoir. Rassurez vous, vous retrouverez l’usage de tous vos sens, de tous vos membres. Nous allons calmer le rythme des séance de "come-back" thérapeutique. Vous allez d’abord vous reposer, reprendre des forces et, s’il vous plait, vous tenir bien sage. L’hôpital est pris d’assaut par la presse et les forces de l’ordre. Pas d’écart de conduite. Pas de crise, pas de scène… Nous devons continuer à travailler. Les autres patients réclament une attention toute aussi rigoureuse. C’est pas évident dans ce climat. On est ok ?

-         Ok, chef, marmonna Louca, incrédule… La presse aussi ?

-         La presse aussi, se contenta de répondre le docteur Kabash, tournant déjà les talons en direction de Joséphine. Ne le quittez pas d’une semelle. Je fait renforcer les moyens de contrôle électronique de son état et compte sur vous pour y aller molo sur les calmants, il est défoncé. Prudence. Prudence et patience, Mademoiselle. A demain, Monsieur Louca, pardon, Monsieur Loucabale. A tout à l’heure Mademoiselle.

 

 

Louca était atterré. Pourquoi les forces de l’ordre, pourquoi les journalistes ? Suis-je si

important ? Ai je donc mérité tout cela ? Le sommeil s’empara de lui subrepticement, insidieusement, irrémédiablement. Impossible de lutter. Se laisser aller. Douce morphine. Jolie mélodie. Milles attentions, milles insinuations, milles fleurs, milles coups, milles douleurs, milles épines…

Demain grandir un peu, avancer, minutieusement.

Demain.

 

(cet extrait de nouvelle - et les autres - depuis le début, dans la cétgorie "nouvelles et romans")

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