Louca / extrait n°2 ...

Publié le par nicolas voisin

 

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"Je vois cette tristesse dans les yeux d’un enfant, cette candeur qui s’effiloche. Je revois cette tristesse, et je revois cet enfant, l’enfant que j’ai été. Ce sont mes yeux. Mes yeux pleurent. L’enfant est affecté. Ses yeux sont moroses, il a l’air si malheureux. Maman bois de plus en plus. L’absence de papa est chaque jour plus insupportable. Papa est il parti parce que maman buvait ? Maman a t elle commencé à boire quand Papa est parti ? L’enfant est si peiné qu’il s’enferme. Il veut fuir. Sept ans. A sept ans j’ai eu si mal… Mal au cœur, à l’âme blessée. La douleur me rappelle mon état.

Je ne suis plus rien.

On me dit que j’ai été un grand monsieur, je ne vois qu’un enfant.

Un enfant méchant.

Méchant et sévère.

 

*

 

-« Vous devriez vous arrêter, vous pleurez… La voie de l’infirmière était douce, inquiète.

- J’étais loin. Dois-je aller si loin, geignit Louca.

- L’inspecteur a insisté pour que vous le fassiez. C’est important pour vous de vous souvenirs. Vous n’êtes pas réellement amnésique, vous êtes choqué. Voir la mort, subire de telles horreur, ça laisse forcément des traces. Mais déjà, vous allez mieux. Le docteur a exigé que l’on prenne tout le temps nécessaire, pour ne rien brusquer. Tout va bien se passer, monsieur Louca.

- J’ai mal, mademoiselle, se plaignit il, tentant de bouger, en vain, engoncé dans son corset. Je veux voir mon visage ! je veux savoir qui je suis !

- Restez calme ! lui cria t elle, chaque chose en son temps. Je ne peux pas. Je n’ai pas le droit. Vous devez vous souvenir. Par vous même, ont dit les spécialistes.

Louca ne pouvait cesser de pleurer. La chambre était impersonnelle, le mobilier standardisé et les tissus écrus

l’insupportait. Cet endroit sent la mort, songea Louca. Je ne me sens pas la force de me battre. L’air climatisé était

sec. Ce tuyau, par lequel il respirait, le gênait au plus haut point, sa mâchoire, raccommodée de part en part et pour

longtemps encore scellée, était ankylosée. Tout en lui était douleur. Des tibias aux phalanges, de ces cotes à sa

peau, mais rien n’était pire que ce grand mal qui de l’intérieur le rongeait. Ne pas savoir. Avoir peut être, sûrement,

mérité cela… Milles épines le harcelait, le piquait, le lançaient, le rappelaient à sa réalité. La mort n’a pas voulu de

moi. Ai je donc mérité cela ?

- Depuis quand suis-je là ?

- Quelques semaines. Ça fait maintenant cinq jours que vous êtes sorti du coma.

- Pourquoi je ne vois personne ? Que vous, que cet inspecteur, et ce médecin qui me fait peur et ne sais plus comment me soulager ?

- Les visites sont interdites, Monsieur Louca, on vous l’a dit.

- Loucabale, je m’appelle Loucabale, Constant, s’emporta Louca.

- Désolé Monsieur Louca, mais tout le monde vous connaît sous ce nom là. Vous vous souvenez, Thousand Spines, Monsieur Louca ?

- La mélodie, toujours cette mélodie, elle ne me quitte jamais. Louca pleurait de plus belle, les larmes ruisselant jusqu'à imprégner le cuire du masque qui lui couvrait la partie centrale du visage, son nez broyé.

- Vous devez vous reposer maintenant. On a encore envoyé des fleurs pour vous, des milliers de fleurs. L’hôpital est submergé de fleurs…

- Des fleurs ?

- Des milliers. De partout. Mais le médecin ne veut pas de fleur dans la chambre. Je suis désolé.

- Des milliers de fleurs ? s’interrogea, perplexe, Louca, marquant une pause entre deux spasmes respiratoires, entre deux gémissements. Je veux plus de calmant, plus encore. Je veux dormir, souffla t il dans un râle, les mots ayant peine à sortir entre ces liens étroits qui lui tenait si fermement les gencives, comme soudées.

- Avec ça vous allez dormir, lui rapporta la jeune et svelte infirmière, au costume lissé, manipulant son mélange intraveineux. Dans dix minutes vous ronflerez. Mais ne dite à personne que j’ai fait quoi que se soit.

- Merci, tenta d’articuler Louca, une esquisse de sourire se lisant dans son regard humide et perdu. Si vraiment je parvenais à dormir, s’avoua t il, se serait formidable.

Dix minutes plus tard, seul dans la pénombre, Louca s’effondra de fatigue, assommé

par les somnifères distillés par sa soignante.

Solstice d’hiver.

Toujours cette mélodie.

Douce mélodie.

 

*

 

Applaudissement, cris, sifflets, encouragements, personnes debout, bras en l’air, bruits de guitare sèche, les doigts qui frôlent les cordes, un touché de corde à la Marcel Dadi, arpège, mélodie, cette fameuse mélodie, on eu dit du Clapton, umpluged, il va de soit. Ne plus respirer, ne plus penser, cesser d’être un instant, se transcender, dépasser son état, quitter sa chaire, se vider l’esprit, faire place à l’inconscient, tendre vers l’enfance, se souvenir.

Sept ans. Papa est parti, maman est ivre, l’école lassante, par trop peu excitante, l’ennuie, les questions. Apnées. Une rencontre. Un visage, plus clair, bientôt très net, cadré trop serré, tête en biais, ces yeux clairs, sa tête de petite fille dont jamais un trait véritablement ne varie, son sourire, ces yeux qui pétillent, qui aiment, qui protègent, qui guettent, cette voix omniprésente, son souffle, sa peau… Aline. Aline était donc toute enfant, fragile petit bout de femme, tendre petite fille, première confidente, première amante, platonique, sensuelle. Aline et toujours Aline. Sensation diffuse, chaleur qui se répand, une odeur, son odeur. Aline ne m’a jamais quitté. Cette certitude persiste ; Aline a toujours était là. Aline, a la vie, à l’amour, à la mort, à jamais, Aline, affection, altruisme, Aline, ses mains, son nez, ses petits pieds, son petit doigt de travers, ces petits travers, ses doigts de fée…

Sa présence m’éclaire, me rassure, Apnée encore, n’être plus, naître plus, renaître, revenir à la vie. Revenir en vie…

-« Respirez, revenez à nous, prenez le temps, doucement. Joséphine était systématiquement inquiète durant les apnées de Louca, qui se rallongeaient à chaque nouvelle tentative de retour en arrière.

- On continue, Mademoiselle. continuez de prendre des notes, on poursuit. N’en

perdez pas un fil… Louca était couvert de sueur, son rythme cardiaque était instable, se ralentissant considérablement à chaque plongée. Je replonge. Souffler, expirer… Se calmer.

Apnée. Les hivers sont rudes. Chemins non goudronnées, petites routes de campagne,

ballades en forêt, roulades dans les champs, cueillette de bouquets, pieds sals, temps humide, maman qui crie, Aline qui pleure, Aline qui rie, Riva qui est malade, Papa qui n’a jamais redonné de nouvelle. Ce con d’Œdipe m’emmerde. Papa est un salaud, j’ai mal pour maman, j’ai peur pour maman, j’aime maman. J’aime Aline, Riva nous mène la vie impossible, jadis calme, elle se déchaîne. Dialyse. Hôpital. Je ne veux pas voir, pas savoir. Petites routes qui sillonnent, maisonnette à la porte de la ville. Le grand arbre du jardin est abattu par cet odieux propriétaire ; je l’aurais tué. Une voiture. Une voiture qui s’arrête devant la maison. Le Monsieur a des rides, il est endimanché, l’air gêné. Papa. Papa passe le portail. Apnée.

J’ai plus de douze ans. Je suis l’homme de la famille. Je dois empêcher cet homme qui a fait tant de mal à maman de franchir à nouveau notre porte. Il doit faire demis tour. Ne comprends pas, bégaie, insiste, se rebelle, m’engueule, affrontement. Papa n’était pas cette adulte sûr de lui que j’imaginais qu’un grand devait être. Quel adulte devenir quand vos parents sont immatures, décalés, perdus ? Affrontement encore, maman qui hurle, Riva alité qui arrache sa perfusion, qui bondit dans les bras de papa, s’oppose à ma colère, à la colère de maman, maman qui pu le whisky, papa, les larmes aux yeux, qui ne peux s’expliquer, qui ne comprends rien, ne comprends pas. Papa qui part. Maman qui bois, Riva qui chiale. Aline est là. Je pars chez elle, ses parents seront ma famille. Quatorze ans bientôt. Assistante sociale. Maman en cure, Riva avec papa, le foyer d’Aline deviens mon chez moi pour de vrais. Aline est tout. Le collège est un enfer, mauvais élève. Résultats dramatiques. Aline brillante. Maison sans dessus dessous, ménage, rangement, poussière, la vie prends forme. Aline… Aline…Aline…

-« Vous nous quittez Monsieur Louca, on reviens , on arrête, respirez, respirez Monsieur Louca !

A bout de souffle, éreinté, usé, livide sous son masque de cuire qui l’encombrait, Louca avait perdu conscience quelques secondes, touché du doigt son familier coma, son poux s’était un cours instant éteint.

-« On n’arrête tout pour aujourd’hui. J’appelle le médecin. Vous avez besoin d’un contrôle médicale bien plus soutenu, ces expériences sont de la pure folie. Vous allez nous claquez entre les mains. On ne fait pas ce telles incartades dans l’eau delà à la légère, encore moins dans votre état. Plus d’un mois de coma… Vous n’y retournerai pas, fois de Joséphine ! l’infirmière était on ne peu plus remontée. Elle s’agitait frénétiquement devant les écrans de contrôle de son patient à temps plein. Renforça sa dose d’opiacé. Ses supérieurs devaient savoir quel risque ils faisaient courir à Loucabale en agissant de la sorte. Accepter de tels efforts alors que sa convalescence n’avait à peine débuté, cela était fou, dangereux et fou.

Louca était à moitié shooté, les yeux presque révulsés, transparents. Il était remonté profond en lui. Si profond, si loin…Y aller doucement, tranquillement, avancer à tâtons lui avait on dit. J’ai mal. J’ai si mal.

A tâtons donc…"

 

 

la suite ?

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