Une puissance ne peut prétendre à elle seule imposer la loi

Publié le par nicolas voisin

De la trés haute voltige, par Ignacio Ramonet, visionaire s'il en est, le père d'attac, de la taxe tobbin, le rédac chef du Monde Diplomatique, un Monsieur pour lequel j'ai le plus grand respect...

Bush, par Ignacio...

"Un sérieux camouflet moral a été infligé à l’esprit de la démocratie américaine, la plus ancienne du monde, et à ce titre référence primordiale, avec la réélection, le 2 novembre dernier, de M. George W. Bush à la présidence des Etats-Unis. Il va de soi que, techniquement, il n’y a – cette fois – rien à blâmer. Nul ne peut contester le caractère légitime du scrutin. Usant de leur droit, les électeurs ont choisi en fonction de leur bon vouloir . Cette réélection n’en demeure pas moins troublante, voire choquante. Et confirme que la démocratie – le moins imparfait pourtant des régimes politiques – n’est pas à l’abri de choix pouvant porter au pouvoir des démagogues dangereux.

Il est en effet préoccupant que M. Bush, connu pour son fondamentalisme religieux, sa médiocrité intellectuelle et son inculture, ait été le candidat le mieux élu de l’histoire électorale américaine. D’autant qu’il a trompé son peuple et menti au Congrès pour obtenir l’autorisation de conduire une « guerre préventive » (non autorisée par l’ONU) et envahir l’Irak ; qu’il a encouragé un usage disproportionné de la force et provoqué la mort de milliers de civils irakiens innocents (1) ; qu’il a ignoré l’« ordre exécutif » de 1976 du président Gerald Ford (toujours en vigueur et interdisant aux services secrets l’assassinat de dirigeants étrangers) et ordonné l’exécution de supposés « terroristes (2) » ; qu’il a violé les conventions de Genève sur le traitement des prisonniers de guerre ; qu’il a permis la pratique de la torture dans la prison d’Abou Ghraib et dans d’autres centres de détention secrets ; et qu’il a réveillé l’esprit du maccarthysme, qui consiste à tenir pour coupable tout citoyen pouvant être soupçonné de liens avec une organisation ennemie.

Avec un aussi désolant « palmarès », tout autre dirigeant eût été déclaré infréquentable et mis au ban du monde civilisé. Pas M. George W. Bush, qui, de surcroît et en tant que président de l’unique hyperpuissance mondiale, occupe la place centrale du dispositif politique international.

Son second mandat s’annonce dans la continuité du précédent. Et les deux premières nominations de ministres confirment que M. Bush interprète sa victoire électorale comme un plébiscite à sa politique. Ainsi, par exemple, le choix de M. Alberto Gonzales à la justice constitue une rebuffade adressée à ceux qui critiquent les tortures sur les prisonniers accusés de terrorisme. Conseiller juridique du président, M. Gonzales n’est-il pas l’auteur des dispositions légales ayant permis de contourner les conventions de Genève en qualifiant d’« ennemis combattants » les prisonniers des guerres d’Afghanistan et d’Irak, et de créer le bagne de Guantanamo ? Contrevenant aux lois des Etats-Unis et aux traités internationaux, M. Gonzales n’a pas hésité à lever l’interdiction d’exercer des « pressions physiques » sur ces détenus au prétexte que, « dans la conduite de la guerre, l’autorité du président est totale (3) ».

Quant à la nomination de Mme Condoleezza Rice au département d’Etat, comment ne pas y voir une revendication de l’unilatéralisme pur et dur prôné par les républicains autoritaires qui entourent le président, et que semblent confirmer les nouvelles menaces contre l’Iran ?

Pourtant, l’incapacité des forces armées à s’imposer en Irak contre les insurgés prouve les limites de l’outil militaire. Constat que peut faire aussi en Israël, au moment où disparaît Yasser Arafat, le général Ariel Sharon, allié principal de M. Bush au Proche-Orient. Le premier ministre israélien admet que la capacité de souffrance des Palestiniens demeure supérieure à la faculté de nuisance de son armée. Saura-t-il en tirer les conséquences ?

M. Bush finira-t-il également par accepter que les aspects négatifs de la mondialisation (misère aggravée des pauvres, injustices planétaires, rivalités régionales, dérèglements climatiques, etc.) peuvent dégénérer en affrontements si on ne leur oppose pas une concertation multilatérale ? Et qu’une puissance ne peut prétendre à elle seule imposer la loi ?"

 

(mea-culpa au Monde Diplomatique dont je reproduis ici les lignes. C'est leur justesse qui m"y a incité ;-)

 
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