Respirations méridiennes

Publié le par nicolas voisin


(Fontaine, place de la Maison de l'Air, Paris 20° / photo et photoshop BLP)

 

La rue est plus bigarrée que le web. Café à l'angle de ma rue. Mon oreille s'étonne du poids des mots dits avec accent, rage et indifférence face à ceux linguistiquement supportables énoncés à la chaîne on-line au rythme saccadé des tacatacatacs du clavier... Mamadou et "bonhomme" étaient "vénères", "furax", "à cran", discussion de "tiéquar"... Plus de table en terrasse, café trop serré, pétard sur le trottoir qui parfume l'assemblée pascale, inattentive plus par peur que par pudeur. C'est qu'ils parlaient fort, les lascars ! Le soleil se cachait déjà, il n'était pas midi, et des petits couples ça et là foulaient la chaussée, allant ou revenant du marché. Le lundi férié est un dimanche que l'on aurait répété, un jour offert au quotidien trépidant de nos urbaines vies... Ma chienne errait de table en table, semble-t-il passionnées par les débats houleux de Mamadou, "bonhomme" et leur pot'. Ils parlaient contraventions, prix des cigarettes et Fiat Uno d'occase, les gars du "tiéquar", ce matin qu p'tit dej'. Était-ce le temps ou leur chemin de vie qui les avait rendus si agressifs, si "électriques" ? Pauvre météo, accusée de bien des maux !
 
 
La temps était lentement passé.
Je déjeunais ce jour avec Alain Flick (vous le découvrirez dimanche prochain à Blog et Cahuètes)... Chaque instant déroulé avec cet homme est comme touché par la grâce... Assis au Zéphire, taquinés par son maigrelet et atypique sauterelle-serveur, nous avons causer Bouddhisme, itinéraires personnels, maternité, sexualité, quête du bonheur, expression de son art, conflit du moi, du couple, solitudes peuplées, de Nono, le cuisinier du Colibri, à Montmartre dans les 70', de la fragilité de Marilyne, de celle de Weber, des vies brûlées, des souffrances feutrées, de Robert Hossein, de rugbymen à quatre-pattes et bourrés comme cinq cantines, de poésie et de flamme intérieure, de la menace ressenti face au luxe et au prestige, du premier cri, du dernier verre, de "la vie c'est pas ça", l'entêtante ritournelle du bébé Flick, de ceux qui ne sont plus et des larmes incomprises, de "pétassouiller les choses", du surréalisme et de la folie humaine fourmillante du métro, d'instants volés, du combat des femmes iraniennes, de l'oralité, de l'éphémère, de ce petit vieux qui distribuait des cartes de visites revendicatrices dans les limbes parisiennes, anti-Bush, anti-Sharon, anti-Ben Laden, peut être même anti-Bisounours, de Mouna, cet ancêtre du bloggeur parisien, qui haranguait la foule avant l'avènement du net, tribun et rebel de pas-de-porte s'il en est, du temps qui s'arrête, de celui qui fuie, d'aspérités, d'arrangements, de dépendances, de grandes joies, de raison d'être ou d'aller, d'incongru, de destins et d'avaries, de lieus de vie et de leurres de vie, de tanières, de bannières, de précaire, de chimères, de grégaire, d'ornières, d'inconstance, de fidélités, d'engagement, de rythme, de partage, de périphérie sentimentale et de relation principale, d'ornement et de désœuvrement, du désir et du carcan de l'éducation, de patiente, de haine, d'absence, de vengeance, de beauté des mots, d'électrons libres, d'évènements exceptionnels et d'avènement de l'émotionnel, de plats de nouilles et de réveils en retard, de relation fusionnelle, d'hommes-gouines et de lobes-clitoris, de mise en scène, de plaisir et de préliminaires, de consumassions, consommations et autres aspirations, de petites musiques amoureuses et de symphonie de l'échange, de sexe-écoute et d'amour-sourd, de mécanique de l'orgasme et de lectures anodines, d'instants de magie, de méditation et d'éjaculation, de couples déchus et d'individus parvenus, de cessation de la souffrance et de nudité diurne, de peaux qui se caressent et de respirations méridiennes, de transe, d'errances, de vices, de cicatrices, de plénitude, de frustration, d'étonnement, d'enfantement et de création de la matière, d'utopies, de valises en carton, ou alors je confonds, de l'homme ni macho ni homo, des femmes couillues, de gourmandise, de réciprocité et de tendresse, de son absence, d'initiatives sensuelles, de la prostitution, longuement, du cul et du pognon...
 
 
Il était plus de 17h00 et largement le temps d'y aller.
Nul part.
Chez sois.
Le Brunch digéré.
Je reprends mon souffle.
Ci-gît la phrase la plus longue de mon blog !
 
 
 
 

Publié dans la voix du blog

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nico 31/03/2005 12:42

t'as raison Ess, Ik ne m'aurait pas pardonné... Comment j'suis à la bourre moi :-)) !

ess 30/03/2005 01:24

juste pour la culture, cette fontaine est une fontaine Wallace, des mêmes que chante Brassens. Cela devait être dit.

Folie Privée 29/03/2005 13:01

Ouhla :)
Le questionement de fou.

nico 29/03/2005 11:39

cohen : oui mais la discussion a pris 5 heures, en terrasse, et ce matin... ba j'ai la crêve !! arf ..Christian : si content de te féconder l'imagination ! ça va bouillir là-dedans à force ! comment se passe ta quête du blog japonais leader ? Vu ta question, et... ba merci... j'aimerais partager les réponses avec toi... et tu sais pourquoi :-) !Vinvin : suis crevé d'avance ! quelle jolie semaine, oui... à mercredi ami-gredin de la binouze ;-)

Vinvin 28/03/2005 22:32

J'ai hâte de cette semaine. Mercredi... puis dimanche. Faut que ça bouge !!! Belle note l'ami...