Mourir à Fallouja

Publié le par nicolas voisin

A lire dans cet article auquel je vous renvoie dans l'édito du jour... Le monde en guerre vu (de l'intérieur) par Dexter Filkins du New York Times, dans Le Monde (Horizons) aujourd'hui. Extrait :
 
"Les victimes, parfois, arrivent elles aussi en rafales. Le premier matin de la bataille, au cours d'un combat féroce pour le contrôle de la mosquée Mohammadia, 45 marines du 3e peloton de la compagnie Bravo foncent à travers la 40e rue de la ville sous les tirs des insurgés. Quand ils parviennent de l'autre côté de la voie, cinq d'entre eux gisent dans leur sang au milieu de la rue. Les marines retournent vers eux pour les ramasser. Il est trop tard pour le sergent Lonny Wells, qui mourra sur le bas-côté. L'un des hommes qui est allé récupérer son cadavre sous les tirs était le caporal Nathan Anderson. Il mourra à son tour trois jours plus tard dans une embuscade.

La mort de Wells a été une grosse perte pour le moral du peloton. Le sergent, qui commandait une petite escouade, avait personnellement écrit aux parents de ses hommes les plus jeunes pour les assurer qu'il ferait tout pour les protéger pendant leur séjour en Irak. "Il adorait jouer aux cartes, se souvient le caporal Gentian Marku. Il connaissait toutes les probabilités." Le caporal Nick Ziolkowski, qu'on appelait Ski, était sniper, tireur d'élite dans la compagnie. Des heures durant, il restait assis sur le toit d'un immeuble, l'œil collé au viseur de son fusil spécial M40, attendant qu'un insurgé apparaisse dans son champ de tir. Parfois, pour mieux scruter ses cibles, le caporal ôtait son casque.

Grand, plutôt beau et très chaleureux, le caporal Ski était l'un des types le plus populaires de la compagnie. Contrairement à la plupart des snipers, qui apprennent à tirer dans les campagnes où ils voient le jour, Ski avait grandi à Baltimore et n'était guère familier des armes.

Sa passion était le surf et au camp Lejeune, base habituelle de la compagnie Bravo, il organisait souvent ses journées en fonction de l'heure des marées. "Tout ce dont j'ai besoin maintenant, nous dit-il un jour à la Grande Mosquée de Fallouja, où il se reposait après avoir tué trois hommes dans la même journée, c'est une plage et un peu de vagues." Ce jour-là, c'est un peu comme si le caporal avait vu venir sa propre mort. "Nous autres snipers sommes désormais les soldats américains le plus visés", dit-il. Pendant la première offensive contre Fallouja en avril, confia-t-il, les tireurs d'élite s'étaient montrés particulièrement meurtriers pour les insurgés. Cette fois, les officiers des renseignements militaires avaient averti : les snipers seraient sans doute des cibles privilégiées. "Ils vont essayer de nous avoir." Un peu plus tard, Ski était sur son toit, dans le quartier de Shouhada, scrutant l'horizon. Pour mieux voir, comme à l'accoutumée, il avait enlevé son casque. La balle qui l'a tué l'a touché en pleine tête, par-derrière.

L'une des impressions les plus marquantes que m'ont laissées les marines de Fallouja est leur jeunesse. Tout le monde sait que les soldats sont souvent jeunes. Mais c'est autre chose que de voir ces hommes à peine sortis de l'adolescence, dont beaucoup étaient encore au lycée quand cette guerre a commencé, tuer d'autres hommes. Il faut les voir pourtant se battre comme des gamins pour les paquets de Smarties distribués avec les rations !"

" (...) On n'en a pas fini avec cette guerre..."

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Taruef 04/04/2005 20:02

Très bon article. Il montre une réalité dont on parle à demi mots. L'intervention à Fallouja nous cache encore beaucoup de surprise.