Louca / ultime extrait...

Publié le par nicolas voisin


(photo BLP / Ci-dessous dernier extrait de Louca "thousand spine")

 

(...)The straight story. Lynch a du génie.
J’ai pleuré sur Arno, sa mère, son grain de voix. Les violons de Lynch ont rendue presque chaleureuse cette cabine de truck qui m’insupporte. L’eau, qui se condense sur les vitres alentours, joue à cache-cache avec les étoiles. La fumée ne se dissipe plus ; un épais nuage opaque obstrue le mètre supérieur de l’habitacle. L’air qui s'insinue est froid. Je n’entends plus la grêle heurter la carrosserie. Le thinkpad sommeille sur le tableau de bord crasseux ; Aline n’était pas en ligne à l’heure de notre rendez-vous quotidien. J’en roule un de plus. Un de trop. Toujours. C’est important...

Est-ce les violons qui m’ont suggéré cette mélancolie, ou la mélancolie qui sublime les violons ? L’air s’est assaini. La couchette est moelleuse. La musique m’emmène si loin... Ma grand mère y tenait : on "emmène" ce qui se meut, on "emporte" ce qui ne peut se mouvoir. C’est ainsi. La musique m’emporte. Les champs ne sont plus tout à fait verts ; les hautes herbes se plient sous les assauts répétés du vent cogneur. Dorées au soleil, elle se fanent en redoutant l’hiver. Le solstice est passé sans qu’il n’y paraisse. Il n’a pas encore fait réellement froid. Demain probablement.

Noël était triste. Je n’aime pas les fêtes. Mon couple me coûte. Mon quotidien m’oppresse.
Je dois vibrer... Sous mes doigts les cordes raisonnent. Chaque phalange qui caresse une corde est pareille à une larme qui tombe, explose, éclabousse et se volatilise. Les notes sont l’écho de mes pleures. Le pare brise suinte, des fines gouttes d’eau ruissellent en cadence. Un homme qui pleure. Un bout d’hom alors.
J’aurais rêvé un plus grand amour, un plus intense bonheur... Peut être... Est-ce important ?
Les caresses glissées à ma guitare, la vieille Raimundo, qui me suit partout et se fendille d’avantage à chaque périple, ces caresses sont les seules manifestations possibles de ma sensibilité. De cette tristesse. De mes angoisses. Mes rancœurs, ma rage.
Je suis un artiste !
Je ne veux rien être d’autre.
Un artiste se doit il d’être triste ?
Un grand artiste connaît-il innévitalement de grands malheurs ?
L’on n’est sans doute pas grand sans douleur.
Je veux être heureux… Alors je conduis ce corbillard à bestiaux de trente-trois-tonnes.
Non. Je pleure. Et Aline n’est pas là.

Pour je ne sais quelle raison, Aline ne sais plus soulager mes peines, contenir mes élans, suffire à mon cœur. La Raimundo pleure aussi. Les, violons, en concert, crient cette souffrance, ma douleur… Milles épines. Milles espoirs, milles vaines tentatives… Milles vaines tentatives… Je veux, je dois, partager avec mon Aline ces mots qui me taraudent, lui conter ma berceuse, lui témoigner mon émoi.

Je vais lui laisser un message, ce message, une chanson, ma chanson ; user cette webcam qui ne m’aura pas permis de renvoyer à ma tendre l’image instantanée de son homme qui chavire. J’ai peur… Ma femme… Que lui passe-t-il dans la tête ? J’aurais eu si besoin d’elle ce soir. Besoin d’amour, de tendresse, de compréhension ou d’attention… De patience, cette qualité qui nous est inconnu, de présence, cette évidence qui se distille au fil du temps.

Ce soir là j’ai chanté à mon Aline ce bout de texte salement griffonné, mal orthographié, que je baladait sur mon bloc note, la Raimundo sous le bras, les yeux dans le vide. Le regard humide et peiné. Paumé. Ce soir là, le monde entier m’aurait regardé, écouté, entendu… Pas un ne m’a tendu la main. J’étais seul. Si seul. Tout seul. On est tous seuls face au monde, face à sois, à l’autre… Mais bordel, que j’étais seul ce soir là… Tout vouloir, tout tenter… Et se perdre... Louca s’interrompit. Il ajouta tant bien que mal une ligne de plus. « Votre jeu ne m’amuse pas. Je veux savoir pourquoi je suis là. J’ai mal. L. »

 

............

 

Louca avait programmé Pat Metheny.
Il gisait là, somnolent, sous cet hideux masque sombre, emmitouflé dans ses innombrables bandages. Joséphine décela une esquisse de sourire ; un petit bonheur ou une grande joie. Le jazzman avait diverti l’esprit embué de Louca. Comme un corps de femme sous le coup d’un intense orgasme, il vibrait au rythme irrégulier du ballet du percussionniste aux doigts de fée. Le solo durait. Louca ne prêta aucune attention à la présence de Jo ; absorbé, maintenant en transe, il suait. Le batteur, magique maestro, s’emballa. Et se tue... Louca se détendit lentement. Son corps arqué se reposait, au grés de la pesanteur, au son des cordes de l’homme au polo rayé. Viennes. Ville éternelle, jazz éphémère. Louca inclina la tête avec faiblesse. Jo et lui sourirent. leur affection était palpable. Elle devina dans le regard de son patinent un signe de reconnaissance qui la troubla.
-« On a beaucoup de chose à se dire, Louca.
- je vais vous écouter, Jo. Aujourd’hui, j’ouie… Vous allez arrêtez les cachotteries, marmonna t il.
- Oui… Sa voix tremblait. Cold Play, In my place. Curieux hasards musicaux. Mettons nous à l’aise. L’air était moite ; la neige était tombée dans la nuit. La chambre surchauffée sentait le renfermé, un indélicat parfum aux insupportables effluves médicinales.
L’hiver était arrivé, glacial.

 

.........................

 

Jo s’était assise là où elle avait coutume de passer ses journées comme ses nuits, au chevet de Constant. Pendant tous ces longs moments d’attente, elle Avait pris l’habitude de lire. Nulle n’est parfait, Joséphine dévorait tout se qui portait l’estampille Houellebecq. Aussi, elle avait du déplacer son bouquin, qu’elle laissait invariablement traîner, pour retrouver sa place. "Plate-forme". Celui-ci portait initialement le plus joli titre "d’Au milieu du monde", titre passé à la trappe d’un choix éditorial navrant, sujet dont Jo et Louca avait disserté quelques jours au par avant, dans les méandres de banalités échangées en salves éparses. Louca avait lu Houellebecq. Il exécrait Houellebecq, sa vulgarité facile ; son prétendu génie l’agaçait tout autant que son inconditionnel succès. Il était, avait lancé Louca des mois plus tôt, l’auteur glauque, pervers et talentueux d’une France qui pense, et qui ne s’aime pas. Houellebecq la houilleuse…Houellebecq était noire, Louca avait toujours eu peur du noir. Ce noir qui l’avait rattrapé…
-« Je n’ai pas lu Schopenhauer, mais Houellebecq, c’est cul ce nom, le site dans son roman. D’après lui, déclama Joséphine, Schopenhauer aurait écrit quelque part que l’on se souvient de sa propre vie un peu plus que d’un roman qu’on aurait lu par le passé. Un peu plus seulement.
- je me souviens de ce livre, plateforme… On en a parlé… Je m’en souviens un peu plus que de ma propre vie… C’est triste… j’ai besoin de savoir, Jo… Louca ravala à grand peine sa salive. Si je ne me méprends pas, dans ce bouquin, il fait à un moment donné une analogie entre un batracien et le bof qu’il est, in-fine, pour constater que même s’il est bien plus difficile à détruire, physiquement, tout comme lui, il n’a pas créé d’entité qui puisse s’extasier devant ses aventures ou ses succès, ou encore s’inquiéter de son sort, le soutenir en cas de détresse… N'a pas eu d'enfant. A ce jour, et à nouveau, je suis seul, Jo, où sont les miens ? Je ne veux pas plus que ce Michel, tel un animal, vivre, puis mourir, seul… » Louca avait pris un temps infini à articuler chaque mot, au prix d’efforts flagrants, désarmants.

-« Ce soir là, Constant… Joséphine posa sa voix. Elle se devait de peser chaque mot, chaque réaction éventuelle. Ce soir là, vous étiez seul. Noël avait était aussi triste qu’il se peut, avec peu ou pas de moyen, dans un climat de couple infernal, tendu… ça allait mal, Louca. Ce soir là, ce vingt neuf décembre deux mille six, l’an passé, vous avez envoyé à Aline une séquence de trois minutes trente, un mini clip que vous aviez réalisé en vous filmant à l’aide de votre webcam, branchée sur le thinkpad, dans la cabine de votre camion. Vous aviez un vieil et gros pull en laine beige, les cheveux en bataille, et l’œil triste. Très triste. Vous avez chanté à Aline une chansonnette que vous aviez écrite et composée ces derniers jours. Ou plus exactement lors de vos précédentes nuits blanches… Cela agaçait Aline, vos chansonnettes. Mais ce soir là, vous lui avait malgré tout envoyé celle là…
- Milles épines ?
- Oui… Vous chantiez sans micro, accompagné de votre seul guitare…
- Et…
- Et, par je ne sais quel moyen… Ce titre a était découvert et choisit par Endemol, une grosse maison de production, pour être le titre phare, chanté le surlendemain, lors de la grande finale, par les élèves de la Star University…
- L’émission ?
- Oui… Votre vie a basculé ce jour là, Louca… Il va nous falloir du temps pour décrypter comment tout le reste s’est enchaîné…
- Le reste ?
- Le reste, oui, vous, Louca, vous… C’est vous qui êtes devenu La Star…C’est tellement compliqué, Louca…
- Milles épines, je veux entendre milles épines !

Jo hésita. Elle allait se retourner comme si elle avait souhaité, ou du, s’en remettre à l’avis de Tsarcosy, derrière son foutu miroir sans teint, mais n’en fit rien. Rien à faire des gesticulations de cet abstrus pantin. Sans un signe de tête approbateur et sans la moindre remarque, Jo lança le titre, calé depuis le premier jour dans sa si précieuse chaîne. Sa chanson fétiche… Elle semblait plus angoissée que Louca ne l’était à cet instant… « C’est un DVD, je vous mets la version acoustique, la votre, ajouta-t-elle simplement, en guise de précision. » Il y avait donc d’autres versions, plusieurs versions…

L’image n’était pas bonne, le cadrage inadapté. L’homme qui se tenait maladroitement face à la caméra semblait fatigué, les yeux cernés, le visage marqué, anormalement usé pour une personne de son age. Il n’avait pas l’air vieux. Mais triste, oui. Jo avait raison. « Pour toi, mon Aline », dit l’homme, avant de baisser les yeux vers ses mains et que ne commence la musique. La musique douce… Cette mélodie qui ne m’a jamais quitté… Douce mélodie. Les doigts qui frôlent les cordes, arpège, mélodie, on eu dit… Est-ce bien moi ce bonhomme que l’on me montre et que je ne reconnais pas ?…. Que je ne connais pas… Mélodie, oh ! Mélodie…

"Du cœur de la vallée soufflent les alizés,
Bousculent les herbes folles, agitent leurs auréoles.
Du cœur des jeunes années naissent les à-jamais !
Bousculent les vieilles idoles, déchirent leurs alvéoles.
Des brumes de la nuit apparaissent mille envies,
Aux lendemains déçus, tristes de mille bévues,
Au péril de ces nuits, entrevoir l’ennui ;
Aux regards trop obtus, sourire à perte de vue.
Mille échecs, mille espoirs, mille saines tentatives,
Mille rêves, mille ratés, mille vaines tentatives.
Tout tenter, tout oser, mille fois se retourner,
Mais trop tard et trop faible, mille épines retrouver.
Sans faillir, sans agir, et décliner déjà,
Sans grandir, sans mentir, et s’enfermer déjà.
Et ne plus désirer, et ne plus s’animer,
Un beau jour se trahir, et ne pas s’en douter.
Mille échecs, mille espoirs, mille saines tentatives,
Mille rêves, mille ratés, mille vaines tentatives.
Tout tenter, tout oser, mille fois se retourner,
Mais trop tard et trop faible, mille épines retrouver.
Avancer, avancer, et expérimenter,
Tout tenter, tout heurter, et puis se dépasser,
Tout vouloir posséder, et se déposséder.
Regretter, corriger, sans se décourager.
Mille échecs, mille espoirs, mille saines tentatives,
Mille rêves, mille ratés, mille vaines tentatives.
Tout tenter, tout oser, mille fois se retourner,
Mais trop tard et trop faible, mille épines retrouver.
Sans jamais hésiter, sans lever des armées,
Sans blesser ou léser, malgré tout s’agripper.
Se mouvoir des tréfonds aux plateaux en laiton.
Vivre un instant de gloire, être heureux ; et l’est-on ?
Mille échecs, mille espoirs, mille saines tentatives,
Mille rêves, mille ratés, mille vaines tentatives.
Sans peser, mesurer, risquer de s’afficher.
Tout tenter, tout oser, mille fois se retourner,
Mais trop tard et trop faible, mille épines retrouver.
Et se perdre… »

 

.........................

 

Une sensation indescriptible avait envahi Louca.
Jo était en larme. Quand elle appuya sur pause, elle n’osa immédiatement relever les yeux vers Louca. Ce long atermoiement dura plus que nécessaire. Aucun d’eux n’avait les mots, n’avait été programmé, éduqué, préparé, pour réagir à une situation à ce point inédite. Dans la mémoire passoire du patient 317, cette mélodie avait été omniprésente depuis son réveil. Dorénavant, ces images étaient les seules, les toutes premières, images exactes, le seul souvenir illustré, figé, précis, qui n’est été biaisé ou égaré par le choc traumatique et autres influences néfastes.
Jo espérait que Louca romprait le silence ; il mit un temps fou à trouver un écho à donner.
-« Cette chanson, c’est beaucoup d’argent ? demanda-t-il enfin, à la grande stupéfaction de son infirmière, lucide admiratrice et singulière amie.
- Oui, balbutia-t-elle, beaucoup. C’est énormément d’argent, et très vite… Entre autre… Vous ne voulez pas que l’on marque une pause ? Vous m’avez l’air épuisé.
- Une pause, oui... Dormir maintenant, geignit Louca. Jo était rassurée. Ce répit
serait pour elle l’occasion de repenser encore la méthode, l’approche, le choix des mots et des informations à distiller à Loucabale. Rien ne justifiait d’aller trop vite en besogne, de risquer de le choquer, ou, pire encore, de passer à coté d’un élément clef, du protagoniste, voir d’un possible coupable de ces atrocités.

 

....................

 

Constant était avachi, le corps maintenu dans son étriqué cocon, sa respiration était bruyante, saccadée. Le robuste jeune homme n’était qu’un amoncellement de lambeaux en attente de cicatrisation ; l’insupportable œuvre d’art-contemporain nihiliste que décrivait les médias ressemblait à si méprendre aux descriptions macabres qu’en avait fait les journaleux, perspicaces mais insupportables observateurs de la vie privée, devenue oh ! combien publique du ressuscité Louca, cible si facile d’ébats et de débats aussi stériles que redondant. En moins de temps qu’il ne fallu à Jo pour sécher ses larmes, Constant s’était ré-endormi, son état léthargique l’amenant à ne quitter vraiment le sommeil qu’épisodiquement.

...De multiples bougies éclairaient le salon épuré, dont la profusion en plantes tropicales détonait face à l’absence remarquable de meuble de grande taille. Pensivement installé sur la liseuse, Louca attendait qu’Aline rentre du travail, de plus en plus tard, de plus en plus fatiguée... Ces rêves l’avaient porté jusqu’à ce retour symbolique au foyer délaissé entre ces deux réveillons pour cet abrutissant métier qui devait cesser. Louca avait dit oui, n’avait pas cherché à comprendre comment la société de production avait pu intercepter son mail, avait juste exigé une avance sur les droits d’auteur de vingt mille Euros. Au culot. Il avait obtenu vingt cinq mille Euros. Cash. L’inattendu et imprévisible crochet parisien avait sonné comme un coup de canon annonçant les plus incroyables festivités. Un conte de fée. Ma princesse arrivait, un chapeau de cuir noir vissé jusqu’au dessus des yeux, une étoffes brune autour du coup, saucissonnée telle un inuit. « Tu n’a pas fait ça ! » me crie-t-elle. Les reproches fusent, et Aline de conspuer la télé réalité, tout-à-l’égout d’une société décadente, de crier, encore, qu’elle n’était pas d’accord, que ces décisions se prennent à deux… Jusqu’au chèque.

Aline reste bouche bée. Ces yeux ont cet air profond que prends Julien Lepers quand il cherche en vain la spécialité gastronomique de Pontilly les Arbouses. Aline est perplexe. Je jubile. J’ai envie de lui faire l’amour. J’ai envie de la baiser, puisque nous ne faisons plus l’amour depuis tant de temps, des mois, à vrai dire, de la traiter avec mépris, de lui cracher le mal que ces mots m’ont fait, de la repousser peut être, et de l’ignorer. Aline me prends dans ces bras avec ferveur. Les chiens s’enthousiasment à nos pieds et s’agitent frénétiquement, cela m’agace. Aline m’embrasse, me serre contre elle, je sens ses seins qui se gonflent, se dégonflent, au rythme saccadé de sa respiration. « Je t’aime, Louca. Je t’aime. » Non tu ne m’aimes pas. Ou plus exactement, je ne veux pas de cet amour qui fâche, s’efface et ne sait faire face aux adversités. Cet amour qui se prétend exclusif n’exclu rien d’autre que la tendresse et l’affection quotidienne. Cet amour me répugne, il est tout ce que je redoute des habitudes. Je ne veux pas de ces moments de grande affection si le prix à payer passe par de si fréquentes et médiocres scènes de ménages, passages à vide, véritables douches froides.

La chaire est plus forte. L’homme est une vrais crêpe face au corps glabre d’une belle femme, face à son miel, sa peau… Aline a enlevé son bustier, dégrafé son soutien gorge, jeté l’Aubade à la volée et me plaque contre la peinture à l’éponge délavée du couloir carrelé. Quand elle a pris mon gland entre ses lèvres, au moment précis ou de sa langue elle en fit consciencieusement le tour, j’ai du cesser de respirer. Et de réfléchir. Sans faillir, sans précipitation mais sans me ménager, elle fit doucement glissé sa main en un délicat va et viens, passa sa jambe entre les miennes pour sentir mon tibia contre son bourgeon déjà inondé des intempéries entamées. Aline se frotte, me lèche, se lâche, se redresse et m’attrape par le col. « Viens. Prends moi. » Contre toute attente, c’est avec une infinie délicatesse que je rentre en elle, ému par la chaleur considérable de son sexe, par sa vulve à l’amer parfum angélique. Sa croupe est tendue, son dos parcourus de soubresauts, de violent frissons assaillent mes jambes, mon ventre, et Aline jouie bruyamment, d’un orgasme non retenu, tant attendu. Je ne peux tenir et en vain tente de me défaire des irrésistibles contractions de son vagin. Je ne peux plus. Je jouie. Je joui par dessus elle, en elle, sur elle, jamais semence n’a été si abondante, telle une doublure de cinéma pornographique, tel, surtout, un homme qui avait cru pouvoir renoncer à toucher sa femme. Si l’abstinence a des vertus, je ne les ai qu’entraperçues.

La nuit est agitée, la soirée passée sous silence au prix d’un sommeil de plomb partagé dans la tiédeur de nos draps fripés. Je ne peux réellement dormir, ou plutôt ne peux plus. Trop de questions se posent, nouvelles, auxquelles je ne sais répondre. Tout ceci est il bien réel ? suis-je prêt à vivre autre chose ? ai-je désiré ce qui m’arrive ? Mon couple à la dérive sera-t-il, triste issue, sauvé par de l’argent frais, un peu de notoriété ? Après tout, penser sereinement demande un minimum de recul. A défaut d’en avoir, je vais tacher de m’abstenir de penser. Seule solution : allumer la télé… Jean Pierre Pernault, le chouchou de la France d’en-bas pour un "combien ça me coûte" spécial nouvel-an. Combien ça me saoule. Je désespérais de zapper par crainte de croiser un Ruquier à la poursuite du diamant vert d’un Morandini quelconque ou d’un Montiel en sur-régime monté par Faugiel. Mon esprit commençait à divaguer. La télé faisait son effet. Le talk-tiède n’était pas aussi efficace qu’un télé-achat mais presque aussi navrant qu’une production du réservoir de la rue… Je m’étais inquiété à tort d’une dangereuse programmation qui aurait pu, pour je ne sais quelle raison, devenir non affligeante. Que néni. Une bonne page de pub… A mieux y regarder, ce programme là était un plus juste reflet des attentes du consommateurs. Belle exception culturelle.

Ecœuré, j’optait pour un violent antibiotique. Led Zep lutte efficacement contre les acides gras, les kilos superflus, les taches coriaces, les toux bénignes et la sclérose en plaque. "Think diferent, faites des bulles". Moi je me drogue. Un de plus, un deux feuilles, Benson chichon et OCB, un verre de Grave, grand cru, grand jour. Aline ronfle et les chiens vagabondent dans le vestibule. Coincer la bulle. Ne plus penser, voir venir, carpe diem, je coince ma bulle à défaut de comprendre. Je me prête au jeu, au cas ou comprendre rende con. On est en pleine épidémie. Les fougères au plafond, l’ombre du yucca, en ont plus à m’apprendre que vos médias animés à l’âme minée. Tout ce que cela signifie : c’est stop. Stop aux bornes, Stop au gros cul, Stop au mauvais vin. Je dis merde à ce boulot et je vois venir. Peu m’importe quoi puisque se sera différent. Oui. Voir venir, c’est encore le plus opportun… J’en roule un de plus. Sense. Ne nous refusons rien !

Louca n’eut pas réellement l’impression d’avoir dormis.

 

Somnolé, peut être, mais pas plus. Cette boite à image que l’on avait actionnée aujourd’hui en avait réveillé beaucoup d’autres, des songes. Ce rêve bizarre ne demandait qu’a continuer. Louca sentait revenir, au plus profond de lui, des images, des moments, des visages, ces sentiments… Ces miettes étaient des bout de lui qu’il avait semé, petit poucet, sans doute pour retrouver sa trace. Petits, poussez ! Puissent les corbeaux et autres rapaces ne pas les avoir toutes dévorées.
Jo surveillait tendrement, du coin d’un œil malicieux, son précieux patient. Son sommeil avait du être agité…

 

 

D'autres extraits de ce roman ici / D'autres extraits, d'autres romans non-édités, ...
Le reste est "entre les mains" des éditeurs...
C'est à dire dans un tiroir.

 

 

Publié dans romans & nouvelles

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nico 01/03/2005 10:56

lol ! oui, j'ai craqué, un peu long l'extrait... des extraits des chapitres précédents se cachent dans la catégorie "extraits de romans et nouvelles"... une catégorie à découvrir du plus ancien article au plus récent... extraits de Oto (pemier roman), de Louca (deuxième) et de divers autres gribouillages et nouvelles... Merci de ta curiosité frère kodak ;-)

Frere Kodak 01/03/2005 10:28

Je vais prendre quelques jours de congés pour prendre le temps de lire tout ça (juré) :o)