Hypocrisie

Publié le par nicolas voisin

 

L'Histoire est pleine de rumeurs sur la mort des «grands hommes». Cela participe de leur légende. Et naît de l'impossibilité pour certains de leurs thuriféraires d'admettre que le disparu est comme tout le monde : simple mortel. Imaginer qu'il aurait résisté à l'outrage du temps si un bras ennemi ne l'avait frappé sournoisement est une façon de le grandir encore, de continuer le combat. Quand aucune violence n'est constatée sur le défunt, la rumeur de l'empoisonnement est la seule qui puisse discréditer l'idée d'une mort naturelle. C'est ainsi que, depuis deux siècles, court celle de l'intoxication de Napoléon par de l'arsenic britannique. D'aucuns peuvent croire que la postérité d'Arafat gagnera à l'analogie. Les porteurs de haine, eux, ont tout intérêt à voir derrière la mort du «Vieux» la main assassine du gouvernement israélien, aidé par des complices palestiniens. Le coupable désigné est idéal : il avait proclamé publiquement son désir d'en finir avec Arafat et, sans les Américains, il serait peut-être passé à l'acte. Mais la rumeur aujourd'hui est l'ennemie de la paix. Elle sème la zizanie chez les Palestiniens. Elle satanise un adversaire avec lequel il est essentiel de reprendre le dialogue. C'est pourquoi il est vital de tuer la rumeur. Le gouvernement français en a les moyens. Qu'il en use pour ne pas laisser accréditer l'idée qu'il dissimule la vérité au profit de tel ou tel. Il fera oeuvre utile non seulement pour la paix au Proche-Orient mais aussi pour la concorde en France entre les communautés juive et musulmane, qui s'interrogent sur le sens des silences français. Certes, les hommes publics ont droit au secret médical. Mais quand celui-ci hypothèque l'avenir des héritiers, le légalisme devient une hypocrisie et n'est plus de mise.

Par Jean-Michel THENARD

voir le dossier complet / évènement sur :

http://www.liberation.fr/

Commenter cet article