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Publié le par nicolas voisin

Il annonçait les stations, à l'ouverture des portes jouait trois notes de son banjo mal ajusté, de l'autre main tenait fermement sa 8' 6. Il était le Far West épisodique de la ligne 4. "Oh! Suzana"... Son sourire en disait long sur ce qu'il dissimulait à peine : ses paradis artificiels. D'autres l'auraient pris pour un SDF, pour un sans-papier, un sans-rang, un laissé pour compte et peut-être se seraient mépris. Je repensais à ces mots de Louise Erdrich dans La chorale des maîtres bouchers, "il se dit qu'il entendait la lumière parce qu'il était propre. D'une propreté qui le désorientait". Cet homme là était propre. Propre et illuminé. De trois doigts équipés de métalliques crochets, il pinçait en rythme et sans plus d'attention à ce qu'il faisait, les cordes dissonantes de son instrument. Il souriait à rien ni à personne, sans doute à la lumière, que nul ne voyait et qui à sa musique répondait. Je lui aurait volontiers, passant à ses côtés, laissés quelques euros, mais comme il se levait, station Montparnasse, et me passait devant, alors je remarquais son parfum raffiné. D'escalators étriqués en couloirs tout de pub bariolés, j'avançais vers la gare, ne prenant garde à la présence de celui-ci, à deux pas des miens. Dans le train arrivé, seulement, je me suis retourné, et ai soudainement croisé son visage métissé, buriné. Une naine obèse tentait de grimper dans le TGV. Je la suivie des yeux, fuyant cet autre regard, comme pour ne pas manifester plus explicitement mon étonnement de croiser à nouveau cet atypique mélomane clochardisé. Alors que le "cube" entrait à grand peine dans le wagon, le troubadour un instant s'arrêta. Il me dévisageait. Sans animosité mais non sans curiosité. Quoi que ? Je choisis entre deux options, comme tout un chacun, souvent la plus couarde : ne pas le saluer, coin de lèvre qui se relève, tel un croquis de sourire esquissé, et grimpe à mon tour dans ce presque cossu wagon de première, gagner en silence ma place attitrée. Quelques instants passèrent avant que ne survienne ce que je redoutais sans pour autant me l'expliquer. Mon troubadour revint, et face à moi s'installa, droit devant, banjo pendant.

- "Tu as écrit sur moi ?" Me demanda-t-il d'un ton monocorde.
- "Non, je...pourquoi ?"
- "Pour rien. Je voulais savoir... Es-tu sûr de cela ?" Son oeil était maintenant furieux.
- "Je.. oui !" N'ai-je pas le temps de dire. L'homme pris mon carnet, de mes mains l'arracha sans que je n'eu même l'idée ou l'envie de résister. Tétanisé, je le regardais partir sans sourciller, allant bon train vers la sortie.
En bout de wagon, il s'arrêta. J'étais comme pétrifié, un frisson glacé me parcourrait...
-"Personne, tu m'entends, personne, n'écrira jamais sur moi".
Et l'homme au banjo disparu.

Il me reste de lui ces quelques mots là.
Aurais-je violé son âme ?
Et avait-il une âme ?
Ou était-ce le diable ?

Si vous croisez un jour, au détour d'une rame ou d'un quai de gare un personnage étrange, au banjo bariolé, à la peau ensoleillée et l'œil illuminé, regardez de plus prêt, si votre fougue vous le permet. dans le fond de son oeil crépite un foyer ; son iris incendiée m'a comme captivé. Il y a chez cette homme-là un "quelque-chose" d'incroyablement inquiétant et qui vous paralyse :
La peur et la folie.

 

Publié dans la voix du blog

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Benoît L. 13/02/2005 19:26

Vive le sport!

Benoît L. 13/02/2005 15:17

A cette heure là, je serai, entouré de Français et d'Anglais, une pinte à la main, en train de "vivre" un beau match de rugby, à l'écran et dans le pub.
Messieurs les Anglais, tirez les premiers!

Au fait, tu peux inviter ta famille bordelaise à faire un petit tour sur mon blog et à donner leur avis sur la transformation actuelle de Bordeaux.

Bon retour

nico 13/02/2005 12:44

16h27 ;-) à lundi l'ami !

Benoît L. 13/02/2005 03:59

J'amène un copain à la gare demain à 18h, on va peut être se croiser ;o)

voisin 13/02/2005 00:40

dsl benoit, famille only ce we, je reprends le train demain.. te réponds par mail lundi.. merci pour l'invit m'sieur ;-) excellente fin de we !