Vers une alter-mondialisation soutenable ?

Publié le par nicolas voisin

Je fais suivre, pour information et pour alimenter la réflexion de ceux qui réfléchissent aux notions de patrimoines mondial (unesco ou autre), de souveraineté, ou de bien commun, la réponse, complexe, du ministre brésilien de l'Education interrogé par des étudiants aux Etats-Unis... Elle me semble assez bien refléter la situation complexe et parfois paradoxale qui caractérise notre époque (peut-être de transition vers une altermondialisation soutenable ?), mais aussi les jeux de rôle et de représentation des gouvernements et institutions internationales.
(ce texte circule sur plusieurs listes de discussion)




Pendant un débat dans une université aux États-unis, le ministre de
l'Éducation Cristovam Buarque, fut interrogé sur ce qu'il pensait au sujet
de l'internationalisation de l'Amazonie. Un étudiant américain commença
sa question en affirmant qu'il espérait une réponse d'un humaniste et non
d'un Brésilien. Voici la réponse de M. Cristovam Buarque.

"En effet, en tant que Brésilien, je m'élèverais tout simplement contre
l'internationalisation de l'Amazonie. Quelle que soit l'insuffisance de
l'attention de nos gouvernements pour ce patrimoine, il est nôtre.

En tant qu'humaniste, conscient du risque de dégradation du milieu ambiant
dont souffre l'Amazonie, je peux imaginer que l'Amazonie soit
internationalisée, comme du reste tout ce qui a de l'importance pour toute
l'humanité. Si, au nom d'une éthique humaniste, nous devions
internationaliser l'Amazonie, alors nous devrions internationaliser les
réserves de pétrole du monde entier.

Le pétrole est aussi important pour le bien-être de l'humanité que
l'Amazonie l'est pour notre avenir. Et malgré cela, les maîtres des
réserves de pétrole se sentent le droit d'augmenter ou de diminuer
l'extraction de pétrole, comme d'augmenter ou non son prix.

De la même manière, on devrait internationaliser le capital financier des
pays riches. Si l'Amazonie est une réserve pour tous les hommes, elle ne
peut être brûlée par la volonté de son propriétaire, ou d'un pays..

Brûler l'Amazonie, c'est aussi grave que le chômage provoqué par les
décisions arbitraires des spéculateurs de l'économie globale. Nous ne
pouvons pas laisser les réserves financières brûler des pays entiers pour
le bon plaisir de la spéculation.

Avant l'Amazonie, j'aimerai assister à l'internationalisation de tous les
grands musées du monde. Le Louvre ne doit pas appartenir à la seule
France. Chaque musée du monde est le gardien des plus belles oeuvres
produites par le génie humain. On ne peut pas laisser ce patrimoine
culturel, au même titre que le patrimoine naturel de l'Amazonie, être
manipulé et détruit selon la fantaisie d'un seul propriétaire ou d'un seul
pays.

Il y a quelque temps, un millionnaire japonais a décidé d'enterrer avec
lui le tableau d'un grand maître. Avant que cela n'arrive, il faudrait
internationaliser ce tableau.

Pendant que cette rencontre se déroule, les Nations unies organisent le
Forum du Millénaire, mais certains Présidents de pays ont eu des
difficultés pour y assister, à cause de difficultés aux frontières des
États-unis. Je crois donc qu'il faudrait que New York, lieu du siège des
Nations unies, soit internationalisé. Au moins Manhattan devrait
appartenir à toute l'humanité. Comme du reste Paris, Venise, Rome,
Londres, Rio de Janeiro, Brasília, Recife, chaque ville avec sa beauté
particulière, et son histoire du monde devraient appartenir au monde
entier.

Si les États-unis veulent internationaliser l'Amazonie, à cause du risque
que fait courir le fait de la laisser entre les mains des Brésiliens,
alors internationalisons aussi tout l'arsenal nucléaire des États-unis. Ne
serait-ce que par ce qu'ils sont capables d'utiliser de telles armes, ce
qui provoquerait une destruction mille fois plus vaste que les déplorables
incendies des forêts Brésiliennes.

Au cours de leurs débats, les actuels candidats à la Présidence des
États-unis ont soutenu l'idée d'une internationalisation des réserves
florestales du monde en échange d'un effacement de la dette.

Commençons donc par utiliser cette dette pour s'assurer que tous les
enfants du monde aient la possibilité de manger et d'aller à l'école.
Internationalisons les enfants, en les traitant, où qu'ils naissent, comme
un patrimoine qui mérite l'attention du monde entier. Davantage encore que
l'Amazonie.

Quand les dirigeants du monde traiteront les enfants pauvres du monde
comme un Patrimoine de l'Humanité, ils ne les laisseront pas travailler
alors qu'ils devraient aller à l'école; ils ne les laisseront pas mourir
alors qu'ils devraient vivre.

En tant qu'humaniste, j'accepte de défendre l'idée d'une
internationalisation du monde. Mais tant que le monde me traitera comme un
Brésilien, je lutterai pour que l'Amazonie soit à nous. Et seulement à
nous! "

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